Michel BOUJUT : Le jour où Gary Cooper est mort.

Michel BOUJUT : Le jour où Gary Cooper est mort.
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Michel BOUJUT : Le jour où Gary Cooper est mort. Editions Rivages.
BOUJUT sauvé des os …

Certains me reprocheront ce mauvais jeu de mots (laid comme disent les cyclistes), mais il me semblait évident pour deux raisons. Raison cinématographique bien sûr et raison plus personnelle puisque Michel Boujut revient sur un épisode de sa vie dont il peut être fier nonobstant les considérations émises par quelques vieilles badernes.

« On peut vivre avec ses souvenirs, sans les interroger à tout bout de champ, quand bien même ils ne dorment que d’un œil. Les années de jeunesse repeintes aux couleurs Ripolin, ça ne donne jamais rien de bon. Du reste la nostalgie n’est pas mon fort, je n’ai jamais porté ma désertion en bandoulière ». Et voilà, le gros mot est lâché. Désertion ! Etre déserteur en temps de paix, apparemment pour les instances militaires c’est rédhibitoire. Tout juste n’est-on, lorsque l’on quitte l’armée, qu’un réfractaire, un insoumis. Et décider de divorcer avec l’armée alors que le mariage n’a jamais été consenti par les deux parties, que le voyage de noce est programmé, la destination choisie unilatéralement, cela n « engage » guère à continuer, à prolonger un ménage bancal, forcé.

En ce 13 mai 1961, alors que l’auteur bénéficie de trois jours de permission qu’il passe à Paris, il lit sur une manchette de journal que Gary Cooper vient de décéder. Il fête seul son anniversaire, ses vingt et un ans. Et dans sa tête trotte la lecture d’un livre scandaleux, La Permission de Daniel Anselme. Il a quitté le camp de La Braconne, drôle de nom pour une caserne, situé sur la commune de Brie près d’Angoulême, sa permission en poche. Le 2ème classe Michel Boujut n’a jamais apprécié « les humiliations ordinaires de sous-officiers hargneux qui marchent à la bière et au pastis, les insultes et les punitions à répétition ». Il dit au revoir à la Grande Muette et se terre, sur les conseils d’une connaissance, dans les salles de cinéma. Ces bienheureuses salles permanentes dans lesquelles il se gave de films qu’il assimile avec contentement. Car pour lui, visionner un film, ce n’est pas seulement une occasion de passer le temps, c’est un plaisir qu’il déguste depuis sa jeunesse lorsque son père les emmenait lui et sa mère en moto se faire une toile. Mais son dégoût de l’armée, inconsciemment il le possède dans ses gênes. Son grand-père est décédé le 19 septembre 1914, à Auberive, non loin du camp de Mourmelon. Un grand-père abusé par le bourrage de crâne des journaux et les rodomontades revanchardes. Il était parti la fleur au fusil, le fusil ne lui a pas servi à grand-chose, la fleur s’est retrouvée sur sa tombe. Le père de Michel Boujut est resté prisonnier dans un stalag durant quatre ans et demi. Comment voulez-vous après ça avoir la fibre militariste ? Paradoxalement le jeune Michel Boujut aime les films de guerre, même si certains sont des contrefaçons de l’histoire, des odes à la colonisation comme Fort Alamo. La colonisation justement, c’est un peu le symbole de la guerre d’Algérie à laquelle il ne veut pas participer. Taper sur des autochtones, les tuer ou se faire tuer, plus peut-être, torturer ou se faire torturer, tout cela pour une idéologie qu’il ne comprend pas. Pour certains le spectre de l’Indochine est présent, chez les officiers surtout qui veulent prendre une revanche. Une revanche sur qui, sur quoi ? Sur de pauvres hères qui désirent leur indépendance, qui refusent le diktat des exploiteurs. Le paradoxe des militaires qui boutaient hors de France les Allemands envahisseurs et qui s’agrippaient à un bout de terre de l’autre côté de la Méditerranée.

Le jeune Michel Boujut bénéficiera de complicité pour passer la frontière belge puis ironie du sort s’expatrier en Allemagne et enfin en Suisse.

Avec sobriété Michel Boujut nous invite à partager ses souvenirs, sa rébellion, mais aussi son amour du cinéma, cinéma qui le lui rendra bien car devenu critique il côtoiera bon nombre d’artistes, acteurs, réalisateurs, sans que pour cela il perde son indépendance d’esprit. Un extrait de vie dont il avait sans doute envie de parler mais sans vouloir se justifier. Comme quelqu’un qui au détour d’une conversation livrerait des confidences, puis passerait à autre chose, sans s’appesantir, sans s’apitoyer, sans ruminer, sans esprit rancunier envers une époque ou des hommes. Le livre terminé, le lecteur garde l’impression d’avoir passé un bon moment avec un ami.

Critique de cinéma et de jazz, il a écrit un temps dans Jazz Magazine par exemple, Michel Boujut est également l’auteur d’essais et de romans de fiction, dont Souffler n’est pas jouer et le lecteur intéressé peut le retrouver paisiblement sur son site.

Paul Maugendre

 

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