Gianrico CAROFIGLIO : Le silence pour preuve

Gianrico CAROFIGLIO : Le silence pour preuve

(Le Perfezioni provvisorie – 2009 ; traduction de Nathalie Bauer). Collection Policiers Seuil ; éditions du Seuil.

Gianrico CAROFIGLIO : Le silence pour preuve. (Le Perfezioni provvisorie – 2009 ; traduction de Nathalie Bauer). Collection Policiers Seuil ; éditions du Seuil.

Avocat pénaliste, Guido Guerrieri oscille entre la quarantaine et la cinquantaine. Célibataire, sa femme l’a quitté puis sa maitresse a suivi le même chemin, il s’intéresse surtout à la littérature, se déplace de préférence à pied ou en vélo, négligeant sa voiture, se rend volontiers le soir au Chelsea Hôtel, un bar restaurant pour homo même si lui-même ne partage pas ce genre de sexualité, et pour se défouler tape sans vergogne dans son sac de boxe accroché dans une pièce de son appartement, ayant pratiqué plus jeune ce sport. Il rend volontiers service, et outre son secrétaire remplaçant sa précédente secrétaire devenue stagiaire grâce à l’obtention de son master en droit, il emploie une avocate, à la demande d’un ami, une jeune femme qui s’était dirigée vers le civil mais s’était aperçue que ce n’était pas sa voie. Bref, il exerce sa charge dans la tranquillité des prétoires, souvent dans des pourvois en cassation tout en sachant que les affaires qui lui sont confiées sont quasiment perdues d’avance. Et connaissant cet altruisme, un des collègues de Guido Guerrieri lui demande de reprendre une enquête sur la disparition d’une jeune fille, Manuela. Cela fait bientôt six mois que Manuela n’a pas donné signe de vie et le procureur est sur le point de classer l’affaire. Et ce n’est pas forcément pour la rémunération qui lui est proposée que Guerrieri accepte d’étudier le dossier, mais parce que qu’en rencontrant les parents, il les sent déboussolés. Surtout le père qui tous les jours se rend à la gare de Bari, attendant que sa fille descende du train Ostuni-Bari. Il commence par étudier le dossier que son confrère lui a confié puis il fait appel à une de ses connaissances, l’adjudant Navarra qui a supervisé l’enquête. Il reprend tout à zéro et contacte les dernières personnes à avoir côtoyé ou vu Manuela. Des amies et des connaissances surtout. Seul le fiancé, ou plutôt l’ex-fiancé de Manuela, ne peut être joint, mais il avait été disculpé dès le début de l’enquête effectuée par les carabiniers, étant en déplacement à l’étranger. L’avocat de l’ex-fiancé le menace mais Guerrieri n’en a cure. Guerrieri se rend compte peu à peu que la jeune fille sans histoire n’était peut-être pas aussi innocente qu’il y paraissait.

Il trouvera la réponse dans le non-dit mais aussi grâce à un incident provoqué par un chien, ce qui lui remémorera une répartie de Sherlock Holmes dans une des nouvelles écrites par Conan Doyle.

Enfin, serais-je tenté d’écrire, un roman policier dans lequel la violence, les brutalités, les coups de feu en tous sens et en toutes occasions, le sang répandu sur les trottoirs et dans les rues évoquant les inondations d’un fleuve en colère, les policiers cyniques ou véreux, les banlieues en surchauffe, tous ingrédients utilisés à grands effets et spectaculaires sont bannis. Un roman simple et reposant. Si l’avocat devient enquêteur, il ne se conduit pas en détective paumé ou à la déontologie défaillante. « Je pensais aux personnages peu crédibles de certains romans noirs de seconde catégorie, des détectives sans le sou qui reçoivent la visite d’un client et refusent de l’aider, puis se ravisent, font feu de tout bois et, bien entendu, résolvent l’énigme. C’est une astuce d’écrivain pour donner du rythme au récit et y instaurer un peu de suspense ». Souvent une parole, une personne, un incident lui imposent à l’esprit des retours en arrière, piochant dans sa mémoire de petits événements qui ont émaillé sa vie familiale, sentimentale, professionnelle. « Les souvenirs ne se dissipent jamais. Ils demeurent tous cachés sous la fine croûte de la conscience, y compris ceux que nous croyions à jamais perdus. Parfois un geste, une image suffisent à les ramener à la réalité ». Gianrico Carofiglio propose de petites scènes qui n’ont rien à voir avec l’enquête, mais qui sont des instantanés comme tout un chacun peut en connaître. Ainsi lorsque Guerrieri remarque dans un taxi toute une pile de livres, et engage la conversation avec le chauffeur afin de déterminer ce qu’il lit et comparer leurs lectures. « Il y avait là deux thrillers de mauvaise qualité, mais aussi Feux rougesde Simenon, Une affaire personnellede Fenoglio et même un recueil de poèmes de Garcia Lorca ». Ou lorsqu’il se rend au Chelsea Hôtel, tenu par une ex-prostituée qu’il a défendue à la barre. Bien d’autres moments de la vie quotidienne sont ainsi évoqués et fournissent à ce roman un charme désuet rafraichissant. « Quand on lit trop de livres, on accompli des actes qui n’ont rien de nécessaire ».

Paul Maugendre

 

Retrouvez toutes les chroniques de Paul Maugendre sur son blog: http://mysterejazz.over-blog.com/



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