Cyrus Moore : Escroc City

Cyrus Moore : Escroc City

(City of Thieves – 2009; traduit de l’anglais par Dominique Defert). Editions Jean-Claude Lattès.

Cyrus Moore : Escroc City. (City of Thieves – 2009; traduit de l’anglais par Dominique Defert). Editions Jean-Claude Lattès.

Nul doute que le lecteur, en refermant ce livre, aura en tête quelques affaires franco-politico-financières actuelles. Je citerai, sans trop en dévoiler, l’affaire Clearstream, les affaires Tapie-Lagarde, et bien évidemment le crack boursier de la Société Générale et l’affaire Jérôme Kerviel. Toutes affaires qui ont fait et font encore les délices des journalistes, lesquels souvent extrapolent, se fiant aux déclarations des uns et des autres sans vraiment connaître les tenants et les aboutissants. Moi non plus d’ailleurs, je vous rassure, mais moi je l’avoue. Après avoir édicté ces prolégomènes, qui vous sembleront plus relever de la politique que du thriller financier, passons à l’objet même de ces remarques.

Journaliste au Financial Telegraph de Londres, spécialiste de l’analyse financière et boursière, Niccolo Lamparelli se voit proposer une place comme analyste boursier dans l’une des plus grande banques d’investissement de la City. Le grand patron de la division Etudes et Analyses, Larry Sikorski, lui propose une offre alléchante en terme de rémunération et de bonus, offre que Niccolo ne peut refuser. Devenir analyste chez Saracen Laing est la consécration de son savoir-faire et de ses compétences. Il est placé sous la houlette du Ruppert, le chef de groupe de la division Telecom, et s’occupe pour le premier temps de petits titres. Bientôt ses rapports d’analyse sont appréciés de tous et il se forge une solide réputation au sein de la banque d’investissement. De plus Niccolo côtoie régulièrement son vieil ami Jack Ford, un ami de plus de vingt ans, ayant été élevés pratiquement ensemble, ayant reçu les enseignements d’un vieux sage Japonais. Jack, comme tous les analystes et les traders ne comptent pas leur temps passé au bureau, et délaisse quelque peu sa femme Donna. Leur mariage bat de l’aile, sans qu’il s’en rende vraiment compte, mais ce qui importe à Donna c’est l’argent ramené au foyer, car c’est une acheteuse obsessionnelle compulsive de produits de luxe. Les résultats encourageants obtenus font de lui une référence sûre auprès de ses clients, et bien vite il accède à des titres de sociétés plus importantes. Seulement, honnête et intransigeant, il n’accepte pas de se plier aux exigences de Larry Sikorski et de son bras droit Ruppert qui aimeraient parfois qu’il révise ses analyses dans leur sens. C’est ainsi qu’héritant du dossier Globecom, il conseille de vendre, alors que Sikorski exige que le titre soit poussé à l’achat. La Bourse donne raison à Niccolo, la valeur du titre baisse régulièrement, mais pour le directeur de Globecom, qui possède d’autres visées, il estime que ce n’est que temporaire, émettant toutefois des réserves quant aux capacités réelles de Niccolo. Donna, s’apercevant que sa carte bleue n’est pas assez approvisionnée, téléphone à son mari mais c’est Larry qui répond et lui propose de lui avancer de l’argent. En coulisse un mystérieux Docteur Picton magouille avec le fils d’un émir influent et richissime d’un petit état du Golfe, tandis que Veyrieras de la Financial Services Authority, un organisme chargé de la surveillance et de la régulation des marchés financiers, et sa responsable Amanda Sanderson, ont dans le collimateur Larry Sikorski. Mais ils n’ont rien de véritablement probant à se mettre sous les crocs. Jack est retrouvé mort, un suicide apparemment, mais l’inspecteur Dan Harcourt et son adjointe le sergent McKeever prônent en vain la thèse de l’assassinat. Niccolo est effondré et après une ascension remarquable, c’est le début de la régression.

Des contrats s’établissent, des alliances se forgent, souvent au lit car cela laisse moins de traces, sauf dans les draps, que des papiers signés surtout lorsqu’il y a usurpations d’identité, et les magouilles vont bon train. Cyrus Moore, qui lui-même est un fin analyste boursier sous le nom de Cyrus Mewawalla, et dont il pourrait être le portrait de Niccolo, nous plonge dans les arcanes des banques et sociétés d’investissement. Dont le mot d’ordre est : « Je ne vous paie pas, les gars, pour être de bons analystes. Je vous paie pour que vous nous gagnez de l’argent ». Tout est résumé dans cette petite phrase. Il existe bien dans l’entreprise un service de déontologie, mais ce n’est qu’une façade, et il ne pèse pas lourd devant l’avidité redoutable des chefs de service. « Ils arnaquent tout le monde ; ils se servent de leur jargon juridique pour que leurs profits acquis par duperie paraissent légaux. Et que fait l’Etat pendant ce temps-là ? Rien ! Il ferme les yeux ! ». Les grenouillages en tous genres font florès, encouragés au contraire. Tout est bon pour que les profits engrangés soient optimisés. D’ailleurs comme le déclare Larry en réponse à la question « Mais si un analyste a un brusque accès d’intégrité, que ferez-vous pour le convaincre de marcher droit ? », est assez significative de la moralité de ce milieu : « Ce genre de personne n’existe que dans notre imagination. Pure chimère. On n’en trouve qu’au cinéma. Dans la vie réelle, les choses sont beaucoup plus simples que ça. Les enjeux sont trop gros. D’un simple coup de fil, je peux ruiner la vie d’un individu ». Un regard acerbe sur un mode comportemental que l’auteur connait bien, et le lecteur pourra se demander comment un trader, genre Jérôme Kerviel, pouvait agir seul sans que les responsables ne soient pas au courant de ses actes. En réalité il ne fut qu’un lampiste, mais comment le prouver ?

Il faudrait toutefois éviter de loger tout le monde à la même enseigne. Certains, sous des dehors cyniques possèdent un fond d’honnêteté et d’intégrité et une parcelle en jachère dans laquelle l’honneur est toujours présent. Et parfois à l’issue de certains événements et par amitié, cet honneur est remis en valeur. Un livre document romancé impitoyable que le lecteur soucieux de mieux comprendre le fonctionnement des banques d’investissement devrait acquérir. Surtout s’il joue parfois en Bourse, se fiant aux recommandations édictées par d’éminents financiers qui poussent à vendre ou à acheter des actions sur de simples intuitions, se révélant de véritables gourous de la Finance. Mais ceci n’est que mon avis personnel, celui d’un profane en la matière c



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