Alain-Ulysse TREMBLAY : Sympathie pour le destin.

Alain-Ulysse TREMBLAY : Sympathie pour le destin.
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Polar Collection Coups de tête N° 15. Editions Les 400 coups.

Alain-Ulysse TREMBLAY : Sympathie pour le destin. Collection Coups de tête N° 15. Editions Les 400 coups.

Peintre reconnu et dont les toiles sont recherchées, Carl Hébert ne peut plus prendre son pied. Cela l’a pris d’un seul coup. Un pied enflé qui l’emmène à la clinique et tous ceux qui l’examinent, l’observent, l’auscultent, l’étudient, veulent absolument conclure que Carl est diabétique. Ce que notre peintre réfute, pas par fierté mais par souci de la vérité. Entre deux passages de toubibs et d’infirmières, entre deux prises de sang et autres prélèvements, il étudie, peut-être à cause de son œil de peintre, les autres patients qui se plaignent, geignent, hurlent, invectivent ou vomissent. Dans la chambre qui lui est attribuée, au neuvième étage appelé Cuba, vit, survit un colocataire, au prénom magnifique : Elvis. Elvis ne se plaint pas, c’est un philosophe en fauteuil roulant, une minoune. Et Carl pousse d’une main la minoune de son nouvel ami jusqu’au rez-de-chaussée, en claudiquant, sa perche à solutés greffée au bras, son sapin de Noël comme il dit si joliment, afin de pouvoir griller quelques cigarettes dans le froid et dans la neige. Cathy, sa femme dont il est séparé depuis plus de trois ans, vient lui rendre visite. Ils s’aimaient, au début de leur union, mais Carl possédait une propension à effecteur des dons d’orgasmes en dehors du lit conjugal, alors évidemment un jour ça a craqué. Pourtant ils ont eu trois enfants, deux garçons et une fille, Amélia. Et afin de ne pas perturber leurs enfants, ils ne se sont séparés que lorsqu’Amélia a fêté ses quatorze ans. Mais la situation vécue par Carl change bien des choses. L’heure n’est plus aux récriminations, seulement aux prémices de réconciliation. Carl a tout loisir de s’intéresser à ses voisins. Par exemple Djamal, surnommé ainsi parce qu’il clame à longueur de journée « J’ai mal, j’ai mal », ou les petits vieux Gréco et Simard, vous savez comme les deux grognons du Muppets Show, ou encore Maurice Renard attaché sur sa civière, ou Mo, une jeune fille qu’il retrouve en bas, en train de fumer, mais distante, agressive, qui joue le rôle d’accompagnatrice. Dans ce Club Med des éclopés, il ne faut pas oublier non plus le personnel, de jolies infirmières ou des ronchons, des toubibs qui passent en coup de vent, et Carl ne sait toujours pas qui est son docteur référent. Son galeriste récrimine car une exposition est prévue mais qui n’avance pas, faute de toiles.

Dans une langue savoureuse, Alain-Ulysse Tremblay est Québécois, l’auteur nous propose une visite guidée dans un milieu hospitalier, qui ne l’est pas souvent. Les petits drames sont évoqués avec humour, histoire de faire passer la pilule, et le personnage principal les adapte telles des scénettes qui se déclinent comme des vignettes, et le tout bien dosé constitue la panacée à la mauvaise humeur. Même quand tout va mal, il faut rester optimiste, ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui gravitent dans cette narration. Alain-Ulysse Tremblay use des métaphores jubilatoires afin de décrire les petits maux de l’existence : Un sournois mal de tête s’insinuait sous ma calotte polaire ; je suis chauve du sommet, ça ne se soigne pas, mais c’est frais l’été et, l’hiver, je porte un chapeau en guise de couche d’ozone. Le lecteur qui connait l’œuvre d’Alain-Ulysse Tremblay retrouvera quelques-uns des personnages déjà entrevus dans La valse des bâtards, paru chez le même éditeur.

Paul Maugendre

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