Depuis ses débuts au début des années 2000, Lizz Wright s’est imposée comme une voix à part dans le paysage jazz et soul contemporain. Née en Géorgie, élevée dans une culture marquée par le gospel, elle fait une entrée remarquée avec Salt, un premier album qui révèle immédiatement une signature vocale reconnaissable entre toutes, grave, ample, habitée. Très vite, elle s’inscrit dans une lignée où le jazz dialogue naturellement avec la soul, le folk et les musiques américaines de tradition orale. Des disques comme Dreaming Wide Awake ou The Orchard confirment cette trajectoire, portée par une attention constante au texte, à la respiration et à la transmission émotionnelle.
Au fil des années, Lizz Wright affine son langage sans jamais le figer. Fellowship marque un retour assumé à ses racines spirituelles, tandis que Grace et Freedom & Surrender témoignent d’un rapport de plus en plus direct à l’intime. Sa musique devient un espace de réflexion autant qu’un lieu de partage, où chaque arrangement semble pensé pour servir la voix et le sens. Cette évolution se fait sans rupture, dans une continuité rare, qui privilégie la profondeur à l’effet immédiat.
C’est dans cette logique que s’inscrit Shadow, album charnière qui apparaît comme une synthèse autant qu’un nouveau départ. Enregistré à Chicago, le disque explore les zones plus feutrées de son univers, là où la lumière se révèle justement par contraste. Les compositions originales côtoient des reprises choisies avec soin, dans un esprit de dialogue entre passé et présent. Des titres comme "Sparrow" ou "Circling" mettent en avant une écriture dépouillée, soutenue par des arrangements sobres, où chaque instrument trouve sa place sans jamais détourner l’attention de l’essentiel.
La richesse de Shadow tient aussi aux collaborations qui l’animent. La présence d’artistes comme Meshell Ndegeocello ou Angélique Kidjo élargit encore le spectre du disque, sans en altérer la cohérence. Lizz Wright y affirme une forme de maturité artistique, une capacité à accueillir d’autres voix tout en renforçant la sienne. Plus qu’un simple album, Shadowagit comme un miroir de son parcours, révélant la constance d’une artiste qui n’a jamais cessé de creuser le même sillon avec exigence et élégance.
En replaçant Shadow dans l’ensemble de sa discographie, on mesure combien Lizz Wright a su bâtir une œuvre patiente et profondément humaine. Un parcours où chaque album dialogue avec le précédent, et où la musique reste avant tout un lieu de vérité.




































