Il y a des artistes qui choisissent un style. Angélique Kidjo, elle, a choisi de ne jamais s'enfermer dans une seule définition.
Depuis plus de quatre décennies, la chanteuse béninoise traverse les continents et les répertoires avec une même idée : la musique n'a pas de frontières étanches. Sa voix peut passer d'un chant traditionnel à la soul, du funk au jazz, d'une reprise des Talking Heads à un hommage à Celia Cruz, sans jamais donner l'impression de se perdre en chemin.
Car chez Angélique Kidjo, tout semble partir du même endroit : le Bénin.
Du Bénin aux scènes du monde entier, une identité musicale construite dès l'enfance
Petit pays d'Afrique de l'Ouest, le Bénin possède une histoire musicale particulièrement riche. Les traditions locales, les cultures fon et yoruba, les pratiques liées au vodun et les nombreux échanges avec les pays voisins ont façonné un territoire où les influences circulent depuis longtemps.
C'est dans cet environnement qu'Angélique Kidjo voit le jour, le 14 juillet 1960, à Ouidah. La musique et la scène font déjà partie de son quotidien : sa mère est chorégraphe et directrice de théâtre, tandis que son père est amateur de banjo. Dès l'âge de six ans, la future chanteuse se produit au sein de la troupe théâtrale et folklorique dirigée par sa mère.
Mais son éducation musicale ne se limite pas aux traditions de son pays. Au fil des années, Angélique Kidjo découvre aussi le blues et les musiques afro-américaines. Cette ouverture va devenir l'une des grandes constantes de sa carrière.
Parmi les artistes qui comptent dans son parcours, Miriam Makeba occupe une place particulière. En 1979, Angélique Kidjo enregistre d'ailleurs pour la radio béninoise une chanson de la chanteuse sud-africaine. Quelques années plus tard, alors qu'elle s'est installée à Paris, elle assurera même la première partie de Miriam Makeba à l'Olympia.
Cette rencontre artistique est symbolique. Miriam Makeba avait elle-même réussi à faire connaître sa musique et son histoire bien au-delà du continent africain. Angélique Kidjo empruntera, à sa manière, ce même chemin : partir de ses racines sans jamais les abandonner.
Son installation à Paris en 1983 marque un tournant. Elle y rencontre de nouveaux musiciens, multiplie les expériences et commence à construire le langage musical qui fera bientôt sa signature.
Angélique Kidjo, l'artiste qui refuse les frontières musicales
Le véritable décollage international arrive au début des années 1990 avec Logozo, sorti en 1991. L'album, porté notamment par les titres Batonga et Sénié, permet à Angélique Kidjo de toucher un public bien au-delà de l'Afrique de l'Ouest. Le disque atteint notamment la première place du classement World Music de Billboard en 1992.
La suite de sa carrière confirme une chose : Angélique Kidjo ne cherche pas à reproduire une formule qui fonctionne.
En 1994, elle poursuit son ascension avec Ayé. Puis viennent Fifa, nourri par des enregistrements de rythmes traditionnels béninois, Black Ivory Soul, enregistré au Brésil et tourné vers les liens entre les musiques africaines et brésiliennes, ou encore Eve, un hommage aux femmes africaines et aux traditions vocales du continent.
Cette curiosité permanente l'amène aussi vers le jazz, la musique symphonique et les collaborations les plus diverses. En 2015, elle enregistre ainsi Sings avec l'Orchestre philharmonique du Luxembourg, avant de surprendre à nouveau avec un projet pour le moins inattendu.
En 2018, Angélique Kidjo revisite Remain in Light, l'album mythique des Talking Heads. Mais il ne s'agit pas d'un simple album de reprises. Elle réinterprète intégralement les chansons en s'appuyant sur des rythmes africains, des guitares et des arrangements qui rapprochent le disque de ses propres racines musicales.
Le choix est particulièrement intéressant puisque l'album original des Talking Heads, paru en 1980, avait lui-même été marqué par l'influence de musiques africaines et par la rencontre avec le musicien Brian Eno. Angélique Kidjo effectue alors presque un retour aux sources : elle reprend un disque occidental déjà nourri d'influences africaines pour le réinventer depuis son propre héritage.
C'est peut-être là que se trouve toute la singularité de son parcours.
Angélique Kidjo peut chanter en plusieurs langues, collaborer avec des artistes venus d'univers totalement différents, explorer la musique brésilienne, cubaine ou symphonique et reprendre des monuments de la pop internationale. Pourtant, sa musique conserve toujours une identité immédiatement reconnaissable.
Son parcours a également été salué par de nombreuses distinctions : Angélique Kidjo a remporté cinq Grammy Awards au cours de sa carrière, tandis que son engagement dépasse largement le cadre de la musique. Ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF depuis 2002, elle a également créé la fondation Batonga, consacrée notamment à l'éducation des jeunes filles en Afrique.
De Ouidah aux plus grandes scènes internationales, Angélique Kidjo n'a finalement jamais eu besoin de choisir entre ses racines et le monde.
Sa carrière raconte même exactement l'inverse : une identité musicale n'est pas forcément une frontière. Elle peut être un point de départ, une force et une manière de dialoguer avec toutes les autres musiques.
Et si Angélique Kidjo est devenue l'une des grandes voix de la scène internationale, c'est peut-être justement parce qu'elle n'a jamais essayé de cacher d'où elle venait.





































