Dans Heat, le film de Michael Mann sorti en 1995, Tom Sizemore lâche une réplique que le cinéma a vite laissée derrière lui : « the action is the juice ». Depuis, la phrase circule chez les artistes et les artisans, avec un sens simple : la récompense n’attend pas au bout du travail, elle est dans le travail lui-même. John « Scrapper » Sneider en a fait le titre de son nouveau disque, et un peu plus que ça.
Trompettiste, compositeur, arrangeur, musicien de studio : Sneider a mené plusieurs carrières de front pendant des décennies. Depuis qu’il a repris le chemin de l’enregistrement sous son propre nom, passé la cinquantaine, chaque projet s’est resserré. The Action Is The Juice pousse cette logique plus loin. Son idée de départ : donner autant de poids à l’écriture qu’à l’improvisation.
Pour y arriver, il s’est entouré de musiciens qui se connaissent bien le métier : John Ellis aux anches, Gary Versace au piano, Neal Caine à la contrebasse et Rudy Royston à la batterie. Le disque s’ouvre sur « Of A Certain Age » : ligne de basse au galop, figure de piano anguleuse, mélodie déclamée à l’unisson par la trompette et la clarinette basse d’Ellis. On y entend d’emblée un arrangeur à l’œuvre. Les solos restent courts, presque bavards au bon sens du terme, chacun relançant la conversation un cran plus loin. Dans les notes de pochette, Leo Sidran souligne que ces musiciens ont atteint le stade où la précision et la spontanéité se nourrissent l’une l’autre.
Sneider, lui, assume un constat qu’on entend rarement chez un instrumentiste de son niveau. « J’ai le sentiment que mon écriture progresse, confie-t-il. Peut-être qu’il m’a fallu 56 ans pour comprendre ça, mais les morceaux sont plus grands que mon jeu sur le disque. » Ses compositions sont pensées pour provoquer l’échange, et même les plages les plus proches du jazz de tradition préfèrent les grandes lignes à l’harmonie dense.
Des années passées à composer pour l’image laissent aussi leur trace. On retrouve sur l’album un sens du rythme, de l’atmosphère et de la dramaturgie, une allure discrètement cinématographique. Le morceau-titre puise dans le langage urbain et musclé des polars des années 1970. « Operation FUBAR » se déroule presque comme une scène : une écriture d’ensemble légère, puis une improvisation collective libre.
L’essentiel du répertoire a été écrit pour ce groupe précis. Deux titres font exception. « Not Enough Night » est signé David Poe, vieil ami de Sneider avec qui il partage une même idée de la chanson, et dont la voix figure au générique. « Sepia », déjà gravé sur Chinwag, le duo avec Larry Goldings, revient ici dans une version d’ensemble plus fournie.
Reste une urgence, que Sneider ne cache pas. « J’ai l’impression d’être sur le chrono, dit-il. Tant que j’ai encore les chops, j’ai envie de jouer, et de pousser. Vous voyez ? » L’action, donc, c’est le jus.





































