Au départ, pourtant, Blakey ne se destinait pas à la batterie. Gamin, il joue du piano, puis passe aux fûts dans les orchestres de Pennsylvanie. Il fait ses classes dans les big bands, d’abord chez Fletcher Henderson, puis dans celui de Billy Eckstine, au milieu des années 40. C’est là, entre Dizzy Gillespie et Charlie Parker, qu’il se frotte au bebop naissant. Il y gagne une frappe reconnaissable entre mille : un roulement sec sur la caisse claire, un charleston qui claque sur les temps 2 et 4, une pulsation qui pousse les solistes dans le dos.
Dans les années 50, il décide de ne plus se contenter d’accompagner. Avec le pianiste Horace Silver, il monte les Jazz Messengers, formation qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie, plus de trente ans. Le principe est simple : un leader qui tient la baraque à la batterie, et autour de lui de jeunes musiciens à qui il laisse la place. Clifford Brown, Lee Morgan, Benny Golson, Wayne Shorter, Freddie Hubbard, Keith Jarrett, puis dans les années 80 Wynton et Branford Marsalis ou Terence Blanchard : tous sont passés par sa section rythmique. On disait que l’école du hard bop se trouvait là, pas dans un conservatoire.
La France a eu sa part. À la fin de 1958, les Messengers débarquent à Paris pour une série de concerts, dont une résidence au Club Saint-Germain, et enregistrent la musique du film Les Liaisons dangereuses de Roger Vadim, avec le saxophoniste Barney Wilen. Le public parisien, déjà acquis au jazz américain, y découvre un groupe au sommet.
Côté disques, un titre revient à chaque fois : Moanin’, enregistré en 1958 pour Blue Note, avec le thème signé du pianiste Bobby Timmons. Un riff d’appel et de réponse, un souffle gospel, et quatre minutes qui ont fait le tour du monde. On y entend tout ce que Blakey défendait : un jazz qui swingue, qui parle, et qui se joue ensemble.
Art Blakey s’éteint à New York le 16 octobre 1990, à 71 ans, quelques jours après son anniversaire. Il laisse derrière lui des dizaines d’albums et une lignée de musiciens qui, pour beaucoup, continuent d’écrire l’histoire du jazz.





































