Jelly Roll Morton : ses premiers enregistrements bientôt réunis

Jelly Roll Morton : ses premiers enregistrements bientôt réunis
Jelly Roll Morton / DR

Le 6 novembre, le label américain Tompkins Square publie New Orleans Joys : The Earliest Recordings, 1923-1926, un coffret de deux CD qui rassemble ce que Jelly Roll Morton a gravé avant de devenir, chez Victor, le chef des Red Hot Peppers. Un pan entier de son œuvre, longtemps dispersé, enfin réuni.

Le projet affiche une ambition simple : remettre dans l’ordre, et dans un meilleur son, le répertoire du pianiste avant sa période Victor. Josh Rosenthal, qui dirige le label, explique que cette production n’avait jamais été vraiment rassemblée, et que les rééditions existantes sonnaient souvent médiocrement. L’idée est née de la lecture d’un autre projet maison, Treasures Untold, consacré aux 78 tours. De là, il a fallu convaincre le cinéaste et collectionneur Joe Lauro, qui possède ou a accès aux disques originaux, d’embarquer dans l’aventure. 

Le résultat pèse lourd : 53 titres, tous transférés et restaurés à partir des 78 tours originaux. On y retrouve les solos de piano gravés chez Gennett, de « Grandpa’s Spells » à « Kansas City Stomp », de « King Porter Stomp » à « Wolverine Blues », mais pas seulement. La sélection fait aussi entendre Morton au service d’autres voix, dont le cornettiste King Oliver, qu’il accompagne au piano, et celle d’Edmonia Henderson. Elle réunit encore ses formations de l’époque, les Steamboat Four, les Kings of Jazz et d’autres. Les séances de juillet 1923 avec les New Orleans Rhythm Kings, parmi les plus célèbres de cette période, ont leur place. « Milenberg Joys » et « Mr. Jelly Lord » y sont proposés en plusieurs prises. 

Le coffret ne se contente pas d’aligner les disques. Un livret de 80 pages, riche en photos et en documents d’époque, accompagne l’ensemble, avec des textes signés Ricky Riccardi, Andrew Oliver, Joe Lauro et Russell Shor. Le mastering est confié à Jessica Thompson, les transferts à Mike Kieffer, Dustin Wittmann, Mark Berresford et Richard Nevins. L’objectif affiché : montrer Morton « en trois dimensions », loin des caricatures et des légendes qui ont longtemps brouillé son image. 

Il y a de quoi se réjouir. Cet homme qui se proclamait l’inventeur du jazz ne l’était pas, mais il en fut l’un des premiers grands compositeurs, et ces faces l’attestent mieux que n’importe quel plaidoyer. Les écouter dans de bonnes conditions, c’est mesurer ce que la musique de La Nouvelle-Orléans doit à ce pianiste sûr de lui, qui faisait sonner un clavier comme un orchestre complet.