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Louis Matute sort le premier album jazz de 2026 avec « Dolce Vita »

Louis Matute sort le premier album jazz de 2026 avec « Dolce Vita »

Entre héritage hondurien, influences brésiliennes et modernité assumée, le guitariste et compositeur genevois livre une œuvre vibrante, engagée et résolument personnelle.

Avec « Dolce Vita », Louis Matute signe un album aussi audacieux que profondément incarné. Enregistré au mythique studio de La Frette, près de Paris, ce nouveau disque s’impose déjà comme l’un des projets majeurs du jazz européen à venir. Entre héritage hondurien, influences brésiliennes et modernité assumée, le guitariste et compositeur genevois livre une œuvre vibrante, engagée et résolument personnelle.

C’est en mars 2025 que Louis Matute pose ses valises à La Frette, lieu chargé d’histoire où ont travaillé Nick Cave, Arctic Monkeys, Parcels ou encore Pony Hoax. Dans cette atmosphère rock et vintage, il retrouve son Large Ensemble, une formation franco-suisse bouillonnante de talents, pour repousser une fois encore les frontières du jazz. Ici, les styles s’entrelacent : jazz, groove, rock caribéen, textures rétro et envolées mélodiques composent un paysage sonore riche et organique.

Révélé sur les scènes de festivals prestigieux, Louis Matute s’entoure pour ce projet d’invités de choix. Les voix de Joyce Moreno et Dora Morelenbaum, rencontrées au Brésil où l’album a été finalisé, apportent une profondeur solaire et émotionnelle à plusieurs morceaux. À leurs côtés, Gabi Hartmann et Rico TK viennent enrichir un disque déjà foisonnant.

Tout au long de « Dolce Vita », le collectif brille. Le drumming incandescent de Nathan Vandenbulcke propulse les compositions, tandis que les solos du trompettiste Zacharie Ksyk, notamment sur Tegucigalpa 72, frappent par leur rage contenue. Le saxophoniste ténor Léon Phal distille quant à lui des phrases tantôt sulfureuses, tantôt mélancoliques, comme sur O Que O Amor. La contrebasse solide de Virgile Rosselet et la polyvalence remarquable du pianiste Andrew Audiger ancrent l’ensemble dans une élégance constante.

Les fidèles reconnaîtront immédiatement la plume sensible de Matute, ses mélodies qui touchent, et cette manière unique de laisser parler les silences. Ici, la rareté des solos n’en renforce que davantage leur impact. Plus qu’un musicien, Louis Matute s’affirme comme une personnalité singulière, curieuse et profondément humaine, dont le style se reconnaît dès les premières mesures.

Mais derrière l’ironie apparente du titre « Dolce Vita », se cache une histoire bien plus sombre. L’album puise sa force dans le récit de l’exil du grand-père de Louis Matute, contraint de fuir le Honduras sous la dictature. Une mémoire familiale qui ouvre sur une réflexion plus large autour de l’impérialisme, des régimes militaires et du rôle de grandes compagnies comme la United Fruit Company, responsables de l’asservissement de populations entières.

« Au-delà de la musique cet album est une quête d’identité. Dolce Vita parle de l’exil de ma famille et du rôle de mon grand-père à Tegucigalpa dans sa lutte contre l’impérialisme américain »
Louis Matute, mai 2025

En ce sens, « Dolce Vita » dépasse le cadre musical. C’est un disque qui ouvre les fenêtres, invite au voyage, à l’introspection, et rappelle que l’humanité et la résilience restent des remèdes puissants. Le passage remarqué du groupe à Jazz Ahead confirme d’ailleurs que l’avènement de Louis Matute et de son Large Ensemble est l’une des grandes révélations du jazz européen actuel.

Une musique qui parle à l’intime, touche à l’universel… et qui, peut-être, nous invite aussi à prendre cette Dolce Vita au pied de la lettre.