Retour trois mois en arrière. Fin juin 1965, le quartet s'installe pour plusieurs soirs au Half Note, le club mythique de New York où Montgomery et la section rythmique de Wynton Kelly, celle-là même qui accompagnait Miles Davis quelques années plus tôt, ont pris l'habitude de se retrouver. Le producteur Creed Taylor fait tourner les bandes : l'idée est simple, capter l'énergie du live pour en faire un album.
Mais à l'écoute des bandes, tout ne convainc pas. Seuls deux morceaux tiennent la route pour une sortie officielle : « No Blues » et « If You Could See Me Now ». Le reste doit être repris. Creed Taylor tranche : direction le studio de Rudy Van Gelder, trois mois plus tard, pour refaire proprement ce qui n'a pas fonctionné sur scène. C'est ainsi que naît, en studio et non sur une scène de club, l'un des morceaux les plus rejoués de l'histoire du jazz.
Le titre n'est même pas une composition de Montgomery : c'est une pièce du contrebassiste Sam Jones. Mais entre les mains du quartet, elle devient autre chose. Wynton Kelly pose un groove limpide au piano, Paul Chambers et Jimmy Cobb tiennent une pulsation d'une précision redoutable, et Wes Montgomery entre en scène avec ce son qu'on reconnaît entre mille.
Sa particularité ? Il ne joue jamais au médiator. Wes attaque les cordes avec le pouce, et double souvent ses lignes mélodiques à l'octave, une technique qui donne à sa guitare cette rondeur chaude, presque vocale, qui influencera des générations de guitaristes après lui.
L'album sort en 1965 sous le nom de "Smokin' at the Half Note", présenté comme un enregistrement live. Dans les faits, seuls deux titres viennent vraiment du club new-yorkais : les trois autres, dont "Unit 7" et "Four on Six", devenus depuis des standards, ont été retravaillés en studio. Une petite entorse à la vérité marketing qui n'a jamais nui à la légende : le guitariste Pat Metheny qualifiera plus tard ce disque de plus grand album de guitare jazz jamais enregistré, et confiera que c'est celui qui lui a appris à jouer.
Soixante ans plus tard, « Unit 7 » reste une masterclass en trois minutes : celle d'un quartet qui a transformé un raté de scène en classique éternel.





































