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Comment Nile Rodgers est-il devenu l’un des plus grands faiseurs de hits ?

Comment Nile Rodgers est-il devenu l’un des plus grands faiseurs de hits ?

Nile Rodgers est certainement un des guitaristes les plus influents du siècle dernier, et il a contribué à créer un nombre incalculable de grands hits. On vous explique comment avec ce nouvel épisode de l'Histoire du jazz !

Nile Rodgers n’est pas seulement un guitariste funk. C’est un architecte du groove. Formé à la High School of Performing Arts de New York, nourri par l’écoute de Wes Montgomery et de Joe Pass, il développe très tôt une compréhension fine de l’harmonie et du rythme. Il ne vient pas du jazz académique au sens strict, mais il en absorbe la rigueur, le sens de l’espace et la précision.

Avec Bernard Edwards, il fonde Chic au cœur des années 70. Leur ambition : injecter de la sophistication dans la musique de danse. Résultat : “Le Freak”, “Good Times”. Une guitare rythmique tranchante, syncopée, devenue modèle du funk moderne. Rodgers transforme la guitare en métronome vivant : chaque accord claque, respire, propulse.

Mais son génie dépasse Chic. Il devient un producteur capable de comprendre l’ADN d’un artiste et de le révéler.

Avec Diana Ross, il signe l’album Diana en 1980. Il modernise son son, affine le groove, et offre à la diva soul des titres comme “Upside Down”. Chic rencontre la Motown, et la magie opère.

Avec Grace Jones, il sculpte un son tendu, minimal, élégant — un funk nocturne, presque arty. Il épure les arrangements pour mieux faire briller la personnalité magnétique de l’artiste.

Avec Tina Turner, il participe à ce renouveau des années 80 où la puissance soul rencontre une production plus contemporaine. Même logique : respecter la voix, bâtir autour d’elle.

Il croise aussi Al Jarreau, dont la sophistication jazz-soul dialogue naturellement avec son sens harmonique. Et avec Earth, Wind & Fire, autre monument du funk sophistiqué, il partage cette obsession du groove précis, structuré, presque orchestral.

Plus surprenant : Stevie Ray Vaughan. Sur Let’s Dance de Bowie, c’est Rodgers qui invite le guitar hero texan à poser ses solos blues flamboyants sur une rythmique funk parfaitement calibrée. Fusion inattendue, mais redoutablement efficace.

Des années plus tard, Daft Punk l’appelle pour “Get Lucky”. Même recette intemporelle : une guitare claire, syncopée, qui fait respirer le morceau.

Si Nile Rodgers est devenu l’un des plus grands faiseurs de hits, c’est parce qu’il comprend que le groove est une science collective. Il sait marier la sophistication du jazz, la chaleur de la soul et l’efficacité du funk. Il ne prend jamais toute la lumière — il la dirige.

Et c’est peut-être ça, le secret : derrière chaque grand tube qu’il touche, on entend toujours cette même chose. Une guitare qui respire. Un rythme qui marche droit. Et une élégance qui ne vieillit jamais.