Deux ans après un premier album remarqué, Thee Marloes revient avec Di Hotel Malibu, un deuxième projet qui marque une évolution nette dans sa manière d’aborder la soul moderne. Entre élargissement sonore, maturité d’écriture et nouvelles textures instrumentales, le trio indonésien confirme une identité déjà singulière tout en la faisant évoluer vers davantage d’ouverture.
Un groupe en pleine expansion musicale
Après Perak, premier album sorti sur le label new-yorkais Big Crown Records, Perak avait déjà permis au groupe de se faire remarquer pour son approche organique de la soul. Avec Di Hotel Malibu, les musiciens franchissent une nouvelle étape : les arrangements sont plus aérés, les structures plus libres et les compositions laissent davantage de place à l’intuition.
Sans rompre avec les bases qui ont fait leur signature — une rythmique précise, une guitare élégante et une voix immédiatement identifiable — le trio élargit son spectre sonore, intégrant de nouvelles couleurs et des influences plus diffuses.
Surabaya comme point d’ancrage
Derrière cette esthétique soul raffinée, le groupe reste profondément ancré à Surabaya, en Indonésie. Une ville portuaire dense et contrastée, où se mêlent traditions locales et modernité urbaine. Cet environnement nourrit directement leur musique, même lorsqu’elle s’inscrit dans une esthétique très occidentale.
Composé de la chanteuse et claviériste Natassya Sianturi, du guitariste-producteur Sinatrya Dharaka et du batteur Tommy Satwick, Thee Marloes fonctionne comme un véritable collectif créatif, où les idées musicales émergent de manière partagée.
Une écriture plus instinctive et émotionnelle
Sur Di Hotel Malibu, le groupe adopte une approche plus instinctive de la composition. Les morceaux se construisent simultanément entre musique et paroles, laissant émerger un équilibre où le groove et le sens avancent ensemble.
Le disque reflète aussi les deux dernières années vécues par le groupe : des trajectoires personnelles, des incertitudes émotionnelles et des questionnements identitaires. Plutôt que de les raconter frontalement, les chansons cherchent à en transmettre la sensation brute.
Une voix qui évolue
L’une des évolutions majeures de cet album se situe dans l’interprétation vocale de Natassya Sianturi. Son chant s’éloigne parfois des codes traditionnels de la soul pour adopter une forme plus proche de la parole chantée, presque conversationnelle. Cette approche donne aux morceaux une dimension plus intime, parfois fragile.
Des morceaux entre intimité et affirmation culturelle
Parmi les titres marquants, “6 Years” évoque le tiraillement entre sécurité professionnelle et choix artistique, notamment le moment où la chanteuse décide de quitter son emploi pour se consacrer à la musique.
À l’inverse, le morceau éponyme “Di Hotel Malibu” s’impose par sa simplicité : une composition dépouillée, née rapidement en studio, devenue un point central de l’album.
Le groupe affirme également davantage ses racines culturelles. “Di Dalam” intègre des paroles en indonésien et des textures acoustiques inspirées des musiques insulaires, tandis que “Boru”, chanté en langue batak, revendique explicitement cet héritage comme une composante essentielle de leur identité artistique.
Un disque entre ouverture et identité
Avec Di Hotel Malibu, Thee Marloes signe un album qui témoigne d’une double dynamique : l’ouverture vers un public international et l’affirmation d’un ancrage culturel fort.
Plus qu’une simple continuité, ce deuxième album apparaît comme une étape de consolidation, où la soul, le jazz contemporain et les influences indonésiennes se rencontrent dans un langage désormais pleinement assumé.





































