Rhoda Scott naît le 3 juillet 1938 dans le New Jersey. Elle grandit au sein d’une famille profondément religieuse : son père est pasteur itinérant, et la petite Rhoda accompagne très tôt les offices dans les églises qu’il dessert.
C’est là qu’elle découvre le gospel et les spirituals, des musiques qui vont façonner toute son identité artistique. Dès l’âge de 7 à 8 ans, elle joue déjà de l’orgue pendant les services religieux, développant une aisance précoce et instinctive avec l’instrument.
Cette immersion précoce explique ce qui deviendra sa signature : un jeu profondément enraciné dans la tradition afro-américaine, entre ferveur spirituelle et expressivité jazz.
La naissance de “The Barefoot Lady”
Très jeune, Rhoda Scott adopte une technique singulière : elle joue de l’orgue sans chaussures, afin de mieux sentir les pédales du pédalier et préserver le bois de l’instrument.
Ce choix, d’abord pratique, devient une véritable marque artistique. Elle ne quittera plus jamais la scène autrement, gagnant le surnom iconique de “The Barefoot Lady”.
Ce détail visuel, devenu légendaire, symbolise à lui seul son rapport charnel à la musique et à l’orgue Hammond B3.
Une formation musicale d’exception
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Rhoda Scott ne se limite pas à un apprentissage instinctif. Elle suit une formation académique solide à la Manhattan School of Music à New York, où elle obtient un master en théorie musicale.
Elle poursuit ensuite son perfectionnement en France, au Conservatoire américain de Fontainebleau, où elle travaille notamment auprès de la grande pédagogue Nadia Boulanger.
Cette double culture, afro-américaine et européenne, nourrit un langage musical riche, entre rigueur classique et liberté du jazz.
De Count Basie à Paris : une carrière internationale
Repérée par le chef d’orchestre Count Basie, Rhoda Scott attire rapidement l’attention du milieu du jazz professionnel.
Sa rencontre avec le producteur Eddie Barclay la conduit en France, où elle s’installe à la fin des années 1960. Elle y enregistre notamment l’album Take a Ladder, qui marque le début d’une carrière européenne majeure.
La France devient alors sa terre d’adoption artistique, où elle développe pleinement son univers et son identité musicale.
Une grande voix de l’orgue Hammond et du jazz moderne
Rhoda Scott s’impose comme l’une des grandes références de l’orgue Hammond B3, un instrument qu’elle sublime en trio, souvent sans bassiste, assurant elle-même les lignes de basse au pédalier.
Au fil de sa carrière, elle collabore avec des légendes telles que Ella Fitzgerald, Ray Charles, Count Basie ou encore George Benson, confirmant son statut d’artiste internationale incontournable.
Une pionnière et une femme engagée dans le jazz
En 2004, elle fonde le “Lady Quartet”, un ensemble entièrement féminin, affirmant son engagement pour la visibilité des femmes dans le jazz.
Au-delà de sa virtuosité, Rhoda Scott incarne une figure de transmission, d’ouverture et de représentation, ayant ouvert la voie à de nombreuses musiciennes.
Une légende toujours vivante
À 88 ans, Rhoda Scott reste une icône vivante du jazz contemporain, symbole d’une musique incarnée, libre et profondément humaine.
Son parcours, entre gospel, jazz et excellence académique, fait d’elle une artiste unique : une femme qui a transformé l’orgue Hammond en voix, et la scène en espace de liberté totale.





































