Anthony Strong fait swinguer les sentiments avec And Then We Kiss…

Anthony Strong fait swinguer les sentiments avec And Then We Kiss…

Avec And Then We Kiss…, Anthony Strong revient à l'essence du jazz vocal. Entouré de son quartet et d'un orchestre à cordes, le pianiste et chanteur britannique revisite les grands standards avec finesse et signe un album où l'élégance des arrangements sert un répertoire intemporel.

À l'heure où le jazz vocal cherche sans cesse à renouveler son langage, Anthony Strong choisit de revenir à l'essentiel. Avec And Then We Kiss…, son nouvel album, le pianiste et chanteur britannique livre une réflexion musicale autour de l'amour à travers treize chansons empruntées au Great American Songbook, à Broadway et à quelques classiques de la pop. Un terrain familier, certes, mais abordé avec une élégance qui évite le simple exercice de style.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la qualité de l'écriture orchestrale. Autour de son fidèle quartet, Anthony Strong fait appel à un ensemble de cordes arrangé par Callum Au. Loin d'un habillage démonstratif, ces orchestrations apportent relief et profondeur aux mélodies, laissant toujours respirer le swing et les espaces d'improvisation.

Les premiers extraits donnent le ton. Dans Some Enchanted Evening, la voix se pose avec une simplicité désarmante, soutenue par un piano tout en nuances et des cordes délicatement ciselées. À l'inverse, Love For Sale retrouve l'énergie rythmique du standard de Cole Porter, où le quartet démontre que l'élégance peut aussi rimer avec vitalité.

Anthony Strong ne cherche jamais à imiter les grandes figures du jazz vocal. Son chant privilégie la précision du phrasé, la clarté du texte et une forme de proximité qui rappelle davantage l'art du conteur que celui du crooner spectaculaire. Cette retenue donne une cohérence particulière à un répertoire pourtant très varié, où l'on croise aussi bien My Favourite Things que If You Leave Me Now, revisité dans une séduisante couleur bossa nova.

Sans bouleverser les codes du genre, And Then We Kiss… confirme la maturité d'un artiste qui sait faire dialoguer tradition et modernité avec naturel. À une époque où les standards sont souvent traités comme des objets de musée, Anthony Strong leur redonne une véritable respiration. Un disque qui rappelle qu'en jazz, l'élégance naît moins de l'effet que de l'intention.