Sylvia Moy : la productrice derrière les plus grands succès de Stevie Wonder chez Motown

Sylvia Moy : la productrice derrière les plus grands succès de Stevie Wonder chez Motown
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Première femme productrice de Motown, Sylvia Moy a pourtant longtemps été éclipsée par les artistes auxquels elle a offert ses plus grands succès. De Stevie Wonder aux Isley Brothers, retour sur le parcours d’une femme qui a largement contribué à écrire l’histoire de la soul.

Le 15 septembre 1938 naît à Detroit Sylvia Rose Moy. Son nom est aujourd’hui indissociable de l’histoire de Motown, même s’il reste encore largement méconnu du grand public. Première femme à obtenir le titre de productrice au sein du label de Berry Gordy, mais aussi parolière et compositrice derrière certains des plus grands succès de Stevie Wonder, des Isley Brothers ou de Martha and the Vandellas, Sylvia Moy a joué un rôle considérable dans l’âge d’or de la soul.

Une musicienne qui rêve d’abord de chanter

Avant de devenir l’une des plumes les plus importantes de Motown, Sylvia Moy rêve d'être chanteuse. Née et élevée à Detroit, elle étudie la musique classique et joue du jazz pendant sa jeunesse. Au début des années 1960, elle se produit dans différents clubs de la ville. C’est là qu’elle est repérée en 1963 par Marvin Gaye et le producteur Mickey Stevenson, qui l’invitent à passer une audition chez Motown.

Elle signe alors avec le label et espère pouvoir enregistrer ses propres chansons. Mais Motown va rapidement comprendre que son talent peut être particulièrement précieux derrière le micro. Et c’est là que commence une carrière qui va changer bien des destins.

Sylvia Moy a sauvé la carrière de Stevie Wonder

Au milieu des années 1960, Stevie Wonder connaît une période délicate. Après ses premiers succès en tant qu’enfant prodige, sa voix commence à changer avec la puberté et Motown envisage de se séparer de lui. Sylvia Moy refuse de laisser faire. Elle demande alors à Berry Gordy de lui donner une chance d’écrire un nouveau succès pour le jeune artiste. Gordy accepte. Avec Henry "Hank" Cosby, elle va travailler autour d’une improvisation de Stevie Wonder au piano pour donner naissance à Uptight (Everything’s Alright).

Le pari fonctionne : sorti en 1965, Uptight devient un énorme succès et relance la carrière de Stevie Wonder. Pour Sylvia Moy, c’est le début d’une collaboration particulièrement fructueuse. Et surtout, elle vient de prouver qu’elle n’est pas simplement une auteure parmi d’autres dans la "hit factory" Motown.

Après

Avec Stevie Wonder et Henry Cosby, Sylvia Moy participe notamment à I Was Made to Love Her, My Cherie Amour, Never Had a Dream Come True ou encore Shoo-Be-Doo-Be-Doo-Da-Day. Elle signe également des chansons pour Martha and the Vandellas, dont Honey Chile et Love Bug Leave My Heart Alone.

Et son influence ne s'arrête pas là. Elle coécrit avec Holland-Dozier-Holland This Old Heart of Mine (Is Weak for You) pour les Isley Brothers, puis participe avec Mickey Stevenson à It Takes Two, interprété par Marvin Gaye et Kim Weston. Autrement dit, derrière une partie des voix les plus célèbres de Motown, on retrouve régulièrement le nom de Sylvia Moy.

Une productrice dans une industrie largement masculine

Et c’est peut-être là que son parcours prend toute sa dimension. Sylvia Moy n’est pas seulement une autrice de chansons à succès : elle devient la première femme à porter officiellement le titre de "record producer" chez Motown. À une époque où l’industrie musicale est très largement dominée par les hommes, elle s’impose donc dans un rôle qui dépasse largement celui de parolière.

Son travail participe à cette fameuse mécanique Motown où compositeurs, arrangeurs, producteurs et interprètes travaillent ensemble pour fabriquer des chansons capables de toucher le plus grand nombre. Mais contrairement à certaines figures masculines de cette "fabrique à tubes", son nom est beaucoup moins souvent cité lorsqu’on raconte cette histoire. C’est pourtant bien une partie de son travail qui se cache derrière certains des grands classiques de la soul des années 1960.

Une reconnaissance tardive et amplement méritée

Au fil de sa carrière, Sylvia Moy accumule les récompenses. Elle reçoit notamment 20 BMI Awards et est nommée à six reprises aux Grammy Awards. En 2006, elle entre enfin au Songwriters Hall of Fame, aux côtés notamment de son collaborateur de longue date Henry Cosby. La cérémonie offre alors une scène particulièrement symbolique : Stevie Wonder lui rend hommage en interprétant My Cherie Amour, l'une des chansons qu'ils avaient écrites ensemble. Une manière, peut-être, de rappeler publiquement ce que l'histoire de Motown oublie parfois : derrière certaines des plus grandes voix de la soul, il y avait aussi des auteurs et des autrices qui façonnaient leur musique.

Sylvia Moy, bien plus qu'un nom dans les crédits

Après avoir quitté Motown, Sylvia Moy poursuit son travail dans la musique et s'implique également dans la transmission. Elle cofonde notamment le Center for Creative Communications, destiné à former de jeunes adultes aux métiers des télécommunications et des arts médiatiques.

Elle disparaît en 2017, à l'âge de 78 ans, mais son héritage continue de tourner sur les platines. Chaque fois que résonnent Uptight, My Cherie Amour ou This Old Heart of Mine, c'est aussi un peu de Sylvia Moy que l'on entend. Une femme qui a écrit, produit, accompagné et parfois défendu les artistes de Motown sans forcément occuper le devant de la scène. Et c'est peut-être justement pour cela qu'il est temps de remettre Sylvia Moy au premier plan de l'histoire de la soul.