Le 17 septembre 1931, le 33 tours fait ses premiers pas aux États-Unis, mais l’expérience tourne court. Il faudra attendre près de vingt ans pour que le vinyle longue durée s’impose enfin comme un nouveau standard de l’écoute musicale.
Le 17 septembre 1931, à New York, une petite révolution se prépare dans les salons du Savoy Plaza Hotel. RCA Victor présente un disque qui veut changer la manière d’écouter de la musique : le premier disque longue durée tournant à 33 tours et un tiers par minute. Le futur 33 tours vient de faire ses premiers pas, mais personne ne sait encore qu’il faudra attendre près de vingt ans pour qu’il entre véritablement dans les foyers.
RCA Victor veut faire durer la musique
À l’époque, le disque roi, c’est le 78 tours. Le problème, c’est qu’il ne peut contenir que quelques minutes de musique par face. Pour une symphonie ou une œuvre longue, il faut donc empiler les disques et changer régulièrement de face. RCA Victor imagine alors une solution toute simple : faire tourner le disque moins vite pour gagner du temps d’écoute.
Et l’idée est plutôt spectaculaire ! Ces nouveaux "Program Transcription" tournent à 33⅓ tours par minute et peuvent contenir jusqu’à une quinzaine de minutes de musique sur une face pour les modèles de 12 pouces. Certains sont fabriqués dans un matériau plastique développé par Victor, le Victrolac, conçu pour offrir une surface plus silencieuse que le traditionnel disque en gomme-laque.
Beethoven pour démontrer que ça marche
Pour marquer le coup, RCA Victor mise notamment sur un monument de la musique classique : la Cinquième Symphonie de Beethoven, interprétée par l’Orchestre de Philadelphie sous la direction de Leopold Stokowski. Pour la première fois, une œuvre qui nécessitait auparavant plusieurs disques peut tenir sur un support beaucoup plus long. Sur le papier, le futur est donc là, mais dans la réalité, le public n’est pas encore prêt à suivre.
Une révolution musicale trop chère pour l'époque
Ces nouveaux disques nécessitent un équipement spécifique, et les appareils capables de les lire sont particulièrement chers. Dans une Amérique frappée de plein fouet par la crise économique, le prix des machines devient rapidement un obstacle majeur.
Les premiers disques présentent aussi des problèmes techniques : leur qualité sonore n’est pas toujours à la hauteur des attentes et les lourds bras de lecture de l’époque peuvent les user rapidement. L’expérience tourne donc court. RCA Victor abandonne progressivement son projet au début des années 1930. Le 33⅓ aurait pu disparaître dans les archives de l’histoire de la musique…
En 1948 : le 33 tours revient, et cette fois c’est la bonne !
Sauf que près de vingt ans plus tard, l’idée revient. En 1948, Columbia Records reprend le principe, mais cette fois avec une technologie décisive : le micro-sillon, associé à un disque en vinyle beaucoup plus léger et résistant. Le nouveau LP peut alors contenir autour de vingt minutes de musique par face. Et cette fois, le public adopte le format.
Le 33 tours devient alors bien plus qu'une innovation technique : il change la façon même de penser la musique. L’album peut désormais devenir une œuvre à part entière, et non plus simplement une succession de petits disques.
Alors, le 17 septembre 1931, RCA Victor n’a pas vraiment inventé le 33 tours tel qu’on le connaît aujourd’hui. Mais le label avait bien vu quelque chose avant tout le monde : la musique avait besoin de plus de temps pour raconter ses histoires. Près de vingt ans plus tard, le 33 tours allait enfin trouver son public et devenir l’un des formats les plus emblématiques de l’histoire de la musique.