Eddie Gomez, 82 ans : la contrebasse qui a chanté avec Bill Evans

Eddie Gomez, 82 ans : la contrebasse qui a chanté avec Bill Evans
Eddie Gomez, 2010

Le contrebassiste né à Porto Rico fête son anniversaire ce 4 octobre. Onze années passées dans le trio de Bill Evans lui ont suffi pour changer la place de son instrument dans le jazz.

Il est né le 4 octobre 1944 à Santurce, quartier de San Juan, à Porto Rico. Eddie Gomez était encore enfant quand sa famille a traversé l'Atlantique pour s'installer à New York. C'est là, dans une ville qui vivait alors au rythme du bebop et de ses prolongements, qu'il a pris la contrebasse en main. Il a poursuivi sa formation à la Juilliard School, côté classique, avec une rigueur d'archet que l'on retrouvera plus tard dans chacun de ses solos.

Le jazz ne l'a pas fait attendre. Dès le milieu des années 1960, il accompagne Gerry Mulligan, Stan Getz ou Jim Hall, des patrons qui ne confient pas leur section rythmique au premier venu. En 1966, à 21 ans, il est engagé par Bill Evans. Le pianiste cherche un contrebassiste capable de dialoguer avec lui plutôt que de simplement tenir la maison. Il l'a trouvé.

Onze ans au côté d'Evans

Gomez restera dans le trio jusqu'en 1977, ce qui représente l'une des collaborations les plus longues et les plus fécondes de la carrière du pianiste. Dans cette formule, la contrebasse prend la parole. Elle relance, contredit, enrobe la mélodie et se permet des chorus d'une vélocité qui surprenait à l'époque. Les enregistrements du festival de Montreux, à la fin des années 1960, montrent à quel point la complicité était déjà installée. Quant à « You Must Believe in Spring », capté à la fin de cette période, il reste l'un des disques les plus délicats du pianiste, et Gomez y joue sa partition avec une retenue qui force le respect.

On retient souvent d'Evans son toucher et son goût pour l'harmonie. On oublie parfois que ce jazz de chambre, intime et fragile, tient aussi à ceux qui le portent par en dessous. Gomez y a contribué plus que quiconque.

Après le trio, une carrière sans étiquette

Quand la page Evans se tourne, Eddie Gomez ne s'enferme pas dans le rôle du gardien de la mémoire. Il croise la route de Chick Corea, rejoint Steps Ahead, collectif plus électrique et plus ouvert sur le jazz fusion, et continue de tourner avec les pianistes, les saxophonistes et les guitaristes qui le sollicitent. Il signe aussi des disques sous son nom, où l'on retrouve ce son rond et précis, ce phrasé presque vocal qui le rend reconnaissable en quelques mesures.

Ce qui frappe, avec le recul, c'est cette liberté de ton. Gomez passe du standard au répertoire contemporain sans changer de posture, avec la même exigence et la même curiosité.