Sa famille a salué un homme parti « paisiblement ». Sa compagne, Marina Umari, a ajouté qu’il était mort avec l’Afrique du Sud et son peuple dans le cœur. Il sera inhumé en Allemagne, où il vivait une grande partie de l’année, partageant sa vie entre Le Cap, New York et la Bavière.
Son jeu tenait en peu de mots : des phrases courtes, une main gauche qui respire, un silence posé entre deux accords comme on laisse la porte entrouverte. On y entendait Monk, l’hymne méthodiste de son enfance, le chant des townships et la musique capmalaise. Rien de tout cela ne sonnait en collage. Tout coulait de source.
Le parcours, lui, doit beaucoup à l’histoire. Adolescent, il joue dans un orchestre de swing, puis dans les Jazz Epistles aux côtés de Hugh Masekela. L’apartheid disperse le groupe. En 1962, Ibrahim quitte le pays et pose ses valises à Zurich. Un an plus tard, Duke Ellington l’entend dans un club de la ville et l’emmène à New York. Pour un jeune pianiste du Cap, l’adoubement vient du plus grand.
Il se convertit à l’islam à la fin des années 1960 et prend le nom qu’il portera jusqu’au bout. En 1974, il signe « Mannenberg », devenu au fil des années un chant de résistance contre le régime ségrégationniste. En 1994, il joue à l’investiture de Nelson Mandela, qui le surnommait « notre Mozart ».
Plus de soixante-dix albums, huit décennies de scène. Sa dernière apparition publique en Afrique du Sud remonte au Cap International Jazz Festival, en mars dernier. Le public y a retrouvé un maître intact, simplement plus économe de ses notes.





































