Art Tatum, le génie du piano jazz

Art Tatum, le génie du piano jazz

Né le 13 octobre 1909, Art Tatum a repoussé les limites du piano jazz par sa virtuosité exceptionnelle. Portrait d’un musicien de légende.

Le 13 octobre 1909 naissait Art Tatum, un pianiste américain qui allait bouleverser l’histoire du jazz. Reconnu pour sa virtuosité exceptionnelle, sa vitesse d’exécution et son inventivité harmonique, il est encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands pianistes de tous les temps. Malgré une déficience visuelle importante depuis l’enfance, il a développé un jeu unique, capable de laisser sans voix aussi bien les amateurs de jazz que les musiciens classiques.

Né à Toledo, dans l’Ohio, Arthur Tatum Jr., de son vrai nom, découvre très tôt la musique. Il apprend notamment le violon avant de se consacrer au piano. Presque aveugle depuis la naissance en raison de cataractes, il développe une oreille remarquable et apprend une grande partie de son répertoire en écoutant des enregistrements.

Adolescent, il joue déjà professionnellement et anime même des émissions de radio. Ses premières influences viennent notamment des pianistes Fats Waller et Earl Hines, mais Art Tatum ne tarde pas à développer un style qui lui appartient pleinement.

Un piano qui semble jouer à plusieurs mains

Dans les années 1930, Art Tatum impressionne par sa capacité à faire courir ses doigts sur le clavier à une vitesse vertigineuse, tout en conservant une précision et une richesse harmonique stupéfiantes. Sa manière de réinventer les mélodies, de multiplier les accords et de faire dialoguer ses deux mains repousse les limites du piano jazz. Son interprétation de Tiger Rag, enregistrée en 1933, devient emblématique de cette virtuosité. À l’écoute, on pourrait presque croire que plusieurs pianistes jouent simultanément !

Une anecdote célèbre raconte que Fats Waller, en voyant Art Tatum entrer dans un club où il se produisait, aurait lancé : "C’est moi qui joue ce soir, mais Dieu est dans la salle." Qu’elle soit devenue légendaire ou non, cette formule résume bien l’admiration que suscitait son talent.

Une influence qui traverse les générations

Art Tatum ne se contente pas d’impressionner par sa technique. Il enrichit profondément le langage harmonique du jazz et ouvre de nouvelles possibilités aux pianistes qui lui succéderont. Oscar Peterson, Bud Powell et de nombreux autres musiciens reconnaîtront son influence.

Il enregistre une grande partie de son œuvre en solo, mais joue aussi en trio, notamment avec le guitariste Tiny Grimes et le contrebassiste Slam Stewart. Il meurt en 1956, à seulement 47 ans, laissant derrière lui une œuvre qui continue de fasciner.

En 1989, il reçoit à titre posthume un Grammy Lifetime Achievement Award, récompensant l’ensemble de sa carrière. Plus de soixante-dix ans après sa disparition, Art Tatum reste une référence incontournable : un musicien qui a démontré que le piano pouvait sembler porter, à lui seul, toute la richesse d’un orchestre de jazz.