Stevie Wonder live à Paris : trois heures de grâce et de liberté

Stevie Wonder live à Paris : trois heures de grâce et de liberté

Le 15 octobre 2026, Stevie Wonder a retrouvé le public parisien pour une soirée exceptionnelle. Entouré d’une trentaine de musiciens, le maître de la soul a revisité le .double-album mythique Songs in the Key of Life (50 ans tout juste après sa parution), multiplié les échappées improvisées, en musique et en paroles, et accueilli Lenny Kravitz sur « Superstition ». Un concert généreux !

La France enfin

Il aura fallu patienter 12 ans pour retrouver Stevie Wonder sur une scène française. Depuis son dernier concert pour le festival Jazz à Juan en 2014, le temps a passé, mais l’essentiel demeure : cette voix immédiatement identifiable, cette manière unique de faire dialoguer soul, funk, gospel, jazz et pop, ces succès intemporels et cette musique qui semble appartenir à tout le monde.

Le concert de l’Accor Arena (ex Bercy), seule date française annoncée de cette tournée européenne et américaine, avait des allures de retrouvailles. La salle a affiché complet en un temps record. Dans le public, plusieurs générations d’artistes étaient venues saluer celui dont l’influence traverse les frontières musicales : Michel Jonasz, Matthieu Chedid, Clara Luciani, Juliette Armanet, Angélique Kidjo, Ibrahim Maalouf, David Guetta, entre autres. Le monde du cinéma était également représenté, avec notamment Gilles Lellouche, Leïla Bekhti, Tahar Rahim et Bérénice Bejo.

Commencer par fermer les yeux

Dès les premières minutes, Stevie Wonder impose une expérience qui dépasse le simple concert. L’ouverture se déroule dans le noir, le public étant invité à fermer les yeux et à se mettre dans la peau d’un non-voyant. Une façon de déplacer le regard, au sens propre, vers ce qui compte vraiment : le son, la voix, le rythme et l’émotion.

Le spectacle s’ouvre avec « Love’s in Need of Love Today », déclaration d’intention devenue plus pertinente que jamais, avant de plonger dans l’univers de Songs in the Key of Life, chef-d’œuvre publié en 1976. « Have a Talk With God » (avec la participation du musicien français Frédéric Yonnet à l’harmonica), « Village Ghetto Land », l’instrumental jazz-rock « Contusion », « Sir Duke » et « I Wish » rappellent la richesse d’un album devenu classique entre les clssiques. A noter qu’une large partie du public présent n’était pas né à la sortie du disque.

Sur scène, l’ampleur de la formation impressionne : une trentaine de musiciens, six choristes, un ensemble de cordes, cinq cuivres, des percussionnistes et une rythmique solide autour du bassiste Nathan Watts et du claviériste Greg Phillinganes. Loin de se contenter de reproduire un album historique, Stevie Wonder en fait une matière vivante, ouverte aux détours et aux surprises.

L’album, mais jamais figé

La première partie se poursuit avec « Knocks Me Off My Feet », « Pastime Paradise », « Summer Soft », « Ordinary Pain », « Saturn » et « Ebony Eyes ». On mesure alors ce qui distingue Songs in the Key of Life d’une simple collection de classiques : la sophistication des harmonies, l’audace des arrangements et la capacité à faire cohabiter l’intime et le politique.

Mais Stevie Wonder n’est pas venu livrer une reconstitution muséale de son disque. Il s’autorise des détours, étire les morceaux, relance les musiciens et laisse la musique respirer. Après « Knocks Me Off My Feet », notamment, une longue séquence instrumentale improvisée ouvre une parenthèse presque cinématographique, avec des accents qui évoquent les bandes originales de films de blaxploitation des années 1970.

Une musique qui n’a jamais renoncé à la politique

L’actualité du répertoire ne tient pas seulement à sa beauté musicale. Elle est aussi dans ses textes. « Village Ghetto Land » dénonce les inégalités sociales, tandis que « Black Man » rappelle la place des figures noires dans l’histoire et la construction du monde.

Stevie Wonder ne se contente d’ailleurs pas de laisser parler ses chansons. Il adresse un message direct aux dirigeants politiques, les exhortant à mettre fin à leurs « conneries » — selon la traduction française de ses propos rapportés par l’AFP — et à cesser de jouer avec l’avenir des nations. Il ajoute, sur le ton de l’humour, que s’ils veulent discuter de la manière de gouverner un pays, ils peuvent s’adresser directement à Stevie.

Le deuxième souffle : la joie, la tendresse et le groove

Après la pause, le concert reprend avec « Isn’t She Lovely », une chanson écrite à la naissance de sa fille Aisha. Laquelle était présente sur scène parmi les choristes. Le programme enchaîne ensuite avec « Joy Inside My Tears », « Black Man » et « All Day Sucker », avant « Easy Goin’ Evening (My Mama’s Call) »

Le final retrouve progressivement une énergie festive. « Ngiculela – Es Una Historia – I Am Singing » ouvre sur une autre couleur vocale et instrumentale, avant le moment suspendu de « If It’s Magic », porté juste par la voix de Stevie Wonder et la harpe de Brandee Younger. Puis viennent « As » et « Another Star », dont la rythmique irrésistible transforme l’Accor Arena en immense piste de danse. 

Lenny Kravitz en invité surprise

Impossible, à Paris, de ne pas penser à Prince. Le 1er juillet 2010, lors de son précédent concert à Bercy, Stevie Wonder avait partagé « Superstition » avec le Kid de Minneapolis. Seize ans plus tard, Prince n’est plus là. Mais l’histoire semble se répéter lorsque Lenny Kravitz surgit en invité surprise, guitare à la main, pour rejoindre Stevie Wonder sur le même « Superstition ». Les deux artistes prolongent le morceau dans une version XXL, accompagnée d’un clin d’œil à « You Haven’t Done Nothin’ ». Une surprise qui a offert au concert son ultime montée d’adrénaline. 

A noter l’Histoire du Jazz de ce soir, racontée par Benoît Thuret, sera évidemment consacrée à l’album « Songs in the key of life ». A retrouver sur tous nos réseaux sociaux.