Ernie Watts fête ses 81 ans : le saxophoniste qui a tout joué, de Marvin Gaye aux Rolling Stones

Ernie Watts fête ses 81 ans : le saxophoniste qui a tout joué, de Marvin Gaye aux Rolling Stones
Ernie Watts / 2008

Né le 23 octobre 1945, Ernie Watts souffle aujourd’hui ses 81 bougies. Sideman rêvé des studios californiens, soliste des plus grandes sessions soul et pop, puis jazzman à part entière aux côtés de Charlie Haden : retour sur un parcours rare, où le saxophone circule d’un monde à l’autre sans jamais perdre sa voix.

Il y a des musiciens dont le nom reste caché derrière celui des têtes d’affiche. Ernie Watts a longtemps été de ceux-là. Pourtant, vous avez forcément entendu son saxophone, parfois sans le savoir. Ce vendredi 23 octobre, le souffleur américain fête ses 81 ans.

Ernest James Watts naît à Norfolk, en Virginie, en 1945. Il prend le saxophone à treize ans. Il passe brièvement par l’université de West Chester, avant de rejoindre le Berklee College of Music grâce à une bourse du magazine Down Beat. C’est le point de départ d’une carrière qui va le mener sur des scènes très éloignées les unes des autres.

À la fin des années 1960, il tient un des pupitres de saxophone alto dans l’orchestre du batteur Buddy Rich, école de rigueur et d’endurance s’il en est. Il part aussi en Afrique avec le groupe d’Oliver Nelson, dans le cadre d’une tournée organisée par le département d’État américain. Puis il s’installe à Los Angeles, où il va devenir l’un des musiciens de studio les plus sollicités de la ville pendant près de vingt-cinq ans.

Les studios l’appellent pour son son, chaud, puissant, immédiatement reconnaissable. On le retrouve sur de nombreux albums de Marvin Gaye chez Motown dans les années 1970, où il est l’un des solistes de la maison. Il tient aussi le saxophone dans le Tonight Show Band de Doc Severinsen pendant vingt ans. Le cinéma et la télévision lui font appel : on l’entend sur la bande originale de Grease et sur celle de La Couleur pourpre (à la clarinette), ainsi que sur le générique de la série Night Court. Il a même laissé sa trace sur un disque de Frank Zappa, The Grand Wazoo, où il joue d’un instrument rare, un saxophone en do au col droit surnommé « Mystery Horn ». Côté pop, c’est lui qui signe le fameux riff de saxophone de « The One You Love », de Glenn Frey.

En 1981, il accompagne les Rolling Stones en tournée. On peut l’entendre sur le live Still Life et le voir dans le film Let’s Spend the Night Together. Sa propre discographie n’est pas en reste : son interprétation de « Chariots of Fire » lui vaut en 1983 un Grammy Award. Il en remportera un second quelques années plus tard. Deux récompenses en tant qu’instrumentiste, qui consacrent sa place dans le paysage musical américain.

Au milieu des années 1980, pourtant, Ernie Watts décide de se consacrer pleinement au jazz. Le déclic vient d’une rencontre : après l’avoir entendu jouer « Nightbird », de Michel Colombier, le contrebassiste Charlie Haden vient le voir en coulisses et l’invite à rejoindre son Quartet West. Aux côtés d’Alan Broadbent au piano et de Larance Marable à la batterie, Watts y trouve un territoire à sa mesure : un jazz lyrique, crépusculaire, nourri de nostalgie cinématographique, où son phrasé a tout l’espace pour respirer.

Depuis, il mène son propre quartet et enchaîne les disques sous son nom, de Classic Moods à Reaching Up, en passant par The Long Road Home. Il se produit régulièrement en Europe, et Paris l’a accueilli en mars 2024 au Sunset-Sunside, la scène de la rue des Lombards. En 2014, le Frankfurter Musikpreis est venu saluer l’ensemble de son parcours.

À 81 ans, Ernie Watts reste ce qu’il a toujours été : un musicien de musiciens, qui ne court pas après la lumière mais qui l’attrape quand elle passe. Un anniversaire à fêter, saxophone à l’oreille.