Sonny Criss aurait eu 99 ans aujourd’hui : le saxophoniste qui chantait le blues à toute vitesse

Sonny Criss aurait eu 99 ans aujourd’hui : le saxophoniste qui chantait le blues à toute vitesse

Il est né le 23 octobre 1927 à Memphis, dans le Tennessee, sous le nom de William Criss. Le monde du jazz l’a connu sous celui de Sonny, et il a laissé l’une des sonorités d’alto les plus reconnaissables de l’après-guerre : tranchante, brûlante, avec une pointe de mélancolie qui ne le quittait jamais vraiment.

Sonny Criss grandit à Los Angeles, et c’est là que tout se joue. Dans les années 1940, la Californie bouillonne : Central Avenue est le cœur battant du jazz de la côte Ouest, et le bebop s’y installe à son tour. Le jeune altiste s’imprègne de Charlie Parker, qu’il croise sur place, sans jamais devenir son clone. Là où beaucoup de saxophonistes de sa génération se contentent de copier le maître, Criss garde sa voix. Un vibrato serré, une attaque franche, un sens du blues qui lui vient de ses racines du Sud.

Très tôt, il joue avec les meilleurs. Billy Eckstine, Howard McGhee, Gerald Wilson l’accueillent dans leurs formations, et il fait même partie des tournées de Jazz at the Philharmonic de Norman Granz. Dans les années 1950, il enregistre pour Imperial, avec des disques comme « Go Man! » qui capturent son énergie de scène. Mais la reconnaissance publique tarde. Le jazz de la côte Ouest est à la mode, celui de New York occupe les devants, et Criss, lui, se retrouve un peu entre deux chaises.

Il trouve en Europe l’écoute qu’il mérite. Au début des années 1960, il s’installe à Paris, où les musiciens américains sont accueillis comme des artistes et non comme des figures de seconde zone. Il y joue, tourne dans les clubs, consolide son jeu. De retour aux États-Unis, il signe chez Prestige et livre alors ses disques les plus aboutis : « This Is Criss! », « Portrait of Sonny Criss », « Up, Up and Away », puis « Sonny’s Dream (Birth of the New Cool) » en 1968, avec des arrangements de Horace Tapscott. Un album qui mêle la tradition du bebop à une écriture plus ample, presque orchestrale.

Dans les années 1970, il enregistre encore, notamment pour Muse, et rencontre un public plus fidèle, y compris au Japon où il est très aimé. Il disparaît à Los Angeles en novembre 1977, à seulement 50 ans, laissant derrière lui une discographie trop discrète pour son talent.

Aujourd’hui, Sonny Criss reste un saxophoniste de saxophonistes, de ceux que l’on découvre par un disque trouvé au hasard, puis que l’on ne lâche plus. Pour lui rendre hommage, rien de tel que de remettre « Sonny’s Dream » sur la platine.