l’écran, elle ne chante pas, elle s’installe dans la chanson. Le tempo, elle le tire, le retient, le laisse filer avant de le rattraper d’un souffle. Ses références s’appellent Dinah Washington, Sarah Vaughan, Billie Holiday : un phrasé nonchalant, une diction mordante, un sens du silence qui ne s’apprend pas. Voici cinq vidéos pour en juger.
1. « Teach Me Tonight », Hootenanny de Jools Holland (2004)
Un standard de 1953, pas un tube, et surtout pas une chanson écrite pour elle. Amy a vingt ans, elle vient de sortir Frank, son disque le plus jazz, et elle s’empare de ce classique avec un naturel désarmant. Le chant est à fleur de voix, presque parlé, les fins de phrase traînent avec juste ce qu’il faut de paresse. Questlove racontera plus tard dans le documentaire consacré à la chanteuse combien il avait été stupéfait de découvrir une culture jazz aussi profonde chez elle. Cette vidéo en est la preuve.
2. « Tears Dry on Their Own », Later… with Jools Holland (2006)
Le plateau est dépouillé, la voix fait tout. Sur cette chanson déjà passée à la postérité, elle ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit : elle raconte. Chaque reprise de couplet est légèrement différente de la précédente, un mot étiré ici, une note glissée là. C’est cette liberté d’interprétation, toujours dans le cadre mais jamais deux fois identique, qui rapproche le plus Amy Winehouse des grandes improvisatrices du jazz vocal.
3. « Love Is a Losing Game », Mercury Prize (2007)
Une ballade, un piano discret, et une salle qui retient son souffle. Sur cette chanson qu’elle avait écrite, Amy se met à nu dans une retenue totale. Aucun effet, aucune surenchère : la tension vient de ce qu’elle ne dit pas. Les chanteuses de jazz appellent ça « laisser respirer la mélodie ». Elle le fait ici comme personne.
4. « Valerie », Live Lounge de Radio 1 (2007)
Tout le monde connaît la version de Mark Ronson, mais celle-ci est bien antérieure à la légende. Le groupe des Zutons avait écrit le morceau, Amy en a fait autre chose : un swing, une pulsation décalée, une façon de jouer avec le rythme qui n’appartient qu’à elle. Une reprise qui vaut mieux qu’une copie, c’est précisément ce que font les jazzmen avec un standard. Elle s’approprie la chanson au point qu’on oublie qui l’a écrite.
5. « Cherry », Glastonbury (2007)
Il y a des scènes qui devraient lui faire peur. Elle y entre avec un naturel de club de jazz, malgré les foules et le vent. Sur « Cherry », issue de Frank, on entend l’aisance d’une chanteuse qui sait exactement où elle place chaque syllabe. Elle joue avec ses musiciens, relance, sourit, parle au public entre deux chansons. Le jazz, c’est aussi cette complicité sur scène.
Ce que ces cinq moments disent d’elle
Amy Winehouse n’était pas une chanteuse de jazz « à ses heures ». Elle en avait la grammaire : le sens du temps, du placement, de l’économie. Et surtout l’émotion directe, celle qui passe avant la technique. Ses disques sont magnifiques, mais c’est sur scène qu’elle devenait indiscutable. Quinze ans après, ces images continuent de circuler, de se partager, de bouleverser. À regarder, de préférence, le son un peu fort.





































