Il y a des disques qui dorment dans un tiroir plus longtemps que prévu. Celui-ci aura attendu six ans. Sorti le 23 octobre sur le label Jazz Is Dead, The Midnight Hour: Lost Tapes JID028 rassemble les enregistrements du deuxième album que le duo formé par Adrian Younge et Ali Shaheed Muhammad avait commencé à travailler en 2020, avant que la pandémie ne mette tout à l’arrêt.
Les deux hommes n’ont pas besoin de longues présentations. Ali Shaheed Muhammad est l’un des membres fondateurs d’A Tribe Called Quest, groupe majeur du hip-hop des années 90, dont le sens du groove et l’amour du jazz ont fait école. Adrian Younge, lui, est un compositeur et producteur de Los Angeles, multi-instrumentiste, qui travaille de préférence à l’ancienne, à la console analogique et sur bande. Il a notamment collaboré avec Ghostface Killah sur Twelve Reasons to Die, un album-concept à l’atmosphère de polar italien.
Leur rencontre artistique remonte à bien avant ces Lost Tapes. Les deux musiciens ont composé ensemble la bande originale de la série Luke Cage pour Netflix, un travail où la soul des années 70 croise le hip-hop new-yorkais, avec une dimension très visuelle. C’est dans cette veine, entre jazz, soul de film et culture du sample, que s’inscrit The Midnight Hour. Le premier album du duo, paru en 2018, avait été enregistré sur bande avec une vraie section rythmique et un orchestre au complet. Il réunissait des voix comme celles de CeeLo Green, Raphael Saadiq, Marsha Ambrosius ou Bilal.
Pour cette suite longtemps restée dans l’ombre, la même exigence artisanale est de mise. Au programme, des titres comme « Harmony », « The Midnight Stroll », « Constellation » ou « Mahogany », ainsi que « Donato’s Run ». Sam Dew est invité sur « Til It All Falls Down » et Loren Oden sur « Through My Soul ». Le disque sort en vinyle et en CD.
Au-delà de la curiosité que suscite tout album « perdu », ces Lost Tapes rappellent ce qui fait la singularité du travail d’Adrian Younge et d’Ali Shaheed Muhammad : une manière de relier les époques, celle des pionniers du jazz et du funk dont les disques ont nourri les premiers producteurs hip-hop, et celle des musiciens d’aujourd’hui qui continuent de leur répondre.





































