Un gamin sur les rails
Henry Jesse James Townsend naît à Shelby, dans le Mississippi. Sa famille s’installe ensuite près de Cairo, dans l’Illinois. Son père a la main lourde. À neuf ans, l’enfant décide de ne plus attendre la prochaine correction : il saute dans un train de marchandises sans savoir où il va. Il descend à Saint-Louis.
Il y apprend la guitare auprès de musiciens du cru et enchaîne les petits boulots, mécanicien, cireur de chaussures, gérant d’hôtel. La musique, elle, reste la priorité. Il se met aussi au piano, en jouant par-dessus les disques de Roosevelt Sykes.
Le « Mule »
Le surnom lui vient de son caractère : têtu, solide, difficile à faire plier. Il lui va bien. Le 15 novembre 1929, à vingt ans, Townsend entre en studio à Chicago pour Columbia et grave ses premières faces. Dans les années 1930, il devient l’un des accompagnateurs les plus demandés de Saint-Louis. On l’entend aux côtés de Walter Davis, Roosevelt Sykes, Sonny Boy Williamson, Robert Nighthawk ou Big Joe Williams. Il revendiquait aussi l’écriture de la première version de « Every Day I Have the Blues », enregistrée en 1935 par Pinetop Sparks.
Son blues n’a pas grand-chose à voir avec celui du Delta qui l’a vu naître. C’est celui de Saint-Louis, plus urbain, plus nerveux, porté par le piano autant que par la guitare.
Redécouvert, encore et encore
Après la guerre, le blues de Saint-Louis passe de mode. Townsend travaille ailleurs, gère un hôtel, recouvre des dettes. Puis les chercheurs et les festivals des années 1960 viennent frapper à sa porte, et il reprend la route. Il disait lui-même avoir été « redécouvert trois ou quatre fois ».
Les honneurs suivent : la National Heritage Fellowship du National Endowment for the Arts en 1985, une autobiographie, A Blues Life, publiée en 1999 avec Bill Greensmith. Il enregistre dans chaque décennie, des années 1920 aux années 2000. Il est encore en train de préparer un festival quand il meurt, le 24 septembre 2006, à 96 ans.
La dernière récompense
Le Grammy lui est remis à titre posthume en 2008, pour Last of the Great Mississippi Delta Bluesmen: Live in Dallas, un disque partagé avec Robert Lockwood, Honeyboy Edwards et Pinetop Perkins. En 2009, un panneau du Mississippi Blues Trail est installé en son honneur.
À l’heure où le blues cherche encore ses héritiers, Henry « Mule » Townsend rappelle qu’on peut traverser un siècle entier sans changer de voix.





































