Disparu le 5 novembre 1956, Art Tatum reste l’un des pianistes les plus impressionnants de l’histoire du jazz. Retour sur le parcours d’un virtuose qui a révolutionné le piano.
Le 5 novembre 1956, Art Tatum s’éteignait à Los Angeles, à seulement 47 ans. Considéré comme l’un des plus grands virtuoses de l’histoire du piano jazz, le musicien américain a repoussé les limites de son instrument par sa vitesse, son audace harmonique et son imagination débordante. Soixante-dix ans après sa disparition, son jeu continue d’inspirer les pianistes et de fasciner les mélomanes.
Né le 13 octobre 1909 à Toledo, dans l’Ohio, Arthur Tatum grandit dans une famille musicienne. Atteint de troubles de la vision dès la naissance, il apprend très jeune le piano et développe une mémoire musicale exceptionnelle. Il étudie la musique, s’imprègne des enregistrements et des émissions de radio, puis commence à se produire dans les clubs et à la radio alors qu’il est encore adolescent.
En 1932, il rejoint New York comme accompagnateur de la chanteuse Adelaide Hall. Très vite, son talent attire l’attention des musiciens. L’année suivante, ses premiers enregistrements, notamment son interprétation de Tea for Two, font sensation. Sa version de Tiger Rag impressionne tant par sa vitesse et sa complexité que certains auditeurs croient entendre plusieurs pianistes à la fois.
Un jeu qui repousse les limites du piano
Art Tatum s’inscrit dans la tradition du stride, ce style de piano où la main gauche assure une pulsation puissante tandis que la main droite déroule la mélodie et les improvisations. Mais il transforme cette base en y ajoutant des harmonies audacieuses, des changements d’accords inattendus et une virtuosité spectaculaire.
Il joue aussi bien en solo qu’en trio, notamment avec le guitariste Tiny Grimes et le contrebassiste Slam Stewart. Dans les années 1950, le producteur Norman Granz l’invite à participer aux tournées du Jazz at the Philharmonic et organise des séances d’enregistrement qui donneront naissance aux célèbres Solo Masterpieces. Ces performances, souvent construites autour de standards, révèlent toute sa liberté d’interprétation.
Son influence dépasse largement le cercle des pianistes de jazz. Oscar Peterson, qui le considérait comme un modèle, ou encore des musiciens issus d’autres univers ont salué son génie. Art Tatum était capable de transformer une chanson familière en une aventure harmonique totalement nouvelle.
Une oeuvre toujours vivante
Le pianiste s’éteint le 5 novembre 1956, des suites d’une crise d’urémie, à la veille d’une tournée européenne. Il laisse une discographie riche, faite de standards revisités, de solos virtuoses et de rencontres musicales. Parmi ses interprétations les plus célèbres, Tea for Two reste une porte d’entrée idéale pour découvrir son univers : une mélodie connue, métamorphosée par une imagination sans limites.
Soixante-dix ans après sa disparition, Art Tatum demeure une référence incontournable, un musicien dont le jeu semble toujours en avance sur son temps.