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Harold Mabern invite Norah Jones, Gregory Porter et Kurt Elling pour la réédition du 10e anniversaire de l’album Afro Blue

Harold Mabern invite Norah Jones, Gregory Porter et Kurt Elling pour la réédition du 10e anniversaire de l’album Afro Blue

Le pianiste Harold Mabern n’a peut-être jamais reçu la prestigieuse distinction de Maître du Jazz décernée par la National Endowment for the Arts

Le pianiste Harold Mabern (1936-2019) n’a peut-être jamais reçu la prestigieuse distinction de Maître du Jazz décernée par la National Endowment for the Arts, mais pour celles et ceux qui ont croisé sa route, le débat n’a jamais vraiment existé. Sa musique parlait pour lui. Dix ans après la sortie de Afro Blue (2015, Smoke Session Records), une réédition remixée et remasterisée vient rappeler l’évidence : Mabern était un maître, dans le sens le plus pur et le plus humble du terme.

Pour célébrer cet anniversaire, l’album s’offre une nouvelle vie en réunissant quelques-unes des plus grandes voix du jazz contemporain : Gregory Porter, Norah Jones, Kurt Elling, mais aussi Jane Monheit et Alexis Cole. À leurs côtés, un casting instrumental d’exception : Joe Farnsworth (batterie), Eric Alexander (saxophone), John Webber (basse), rejoints par Steve Turre, Jeremy Pelt et Peter Bernstein. Le résultat ? Un disque profondément cohérent, intime, et résolument habité.

Dès le morceau-titre, « Afro Blue », reprise du classique de Mongo Santamaria, la magie opère. Le piano de Mabern, vif et incandescent, dialogue avec la voix ample et chaleureuse de Gregory Porter. Aucun ne cherche à dominer l’autre : ils se rencontrent, se répondent, fusionnent. La section rythmique, portée par Farnsworth et Webber, soutient avec élégance, tandis que le saxophone d’Alexander vient sublimer l’ensemble. Une alchimie rare, presque organique.

Changement d’atmosphère avec « Don’t Misunderstand », où Mabern partage un moment suspendu avec Norah Jones. Sa voix, douce et lumineuse, glisse sur les accords du pianiste avec une délicatesse désarmante. Ici, tout est question d’écoute, de respiration. Plus qu’un duo, c’est une conversation feutrée, un échange complice où chaque note semble pesée avec soin.

Mais c’est sans doute Kurt Elling qui impressionne le plus par sa polyvalence. Sur « Billie's Bounce » de Charlie Parker, il s’amuse avec un scat espiègle, porté par une ligne de basse entraînante et un piano bondissant. L’intervention de Jeremy Pelt à la trompette ajoute une touche de swing irrésistible. À l’opposé, « You Needed Me » (Randy Goodrum) révèle une facette plus introspective. La voix d’Elling y est chargée de nostalgie, oscillant entre gospel et ballade classique, portée par un Mabern d’une sensibilité remarquable. Une performance bouleversante, sans doute l’une des plus marquantes du disque.

L’album laisse également respirer les musiciens sur plusieurs morceaux instrumentaux. « The Chief », hommage à John Coltrane, et « Mozzin’ » témoignent de la cohésion exceptionnelle du groupe. Ici, pas d’ego surdimensionné : chacun joue pour la musique, dans un esprit collectif rare. Mabern dirige sans jamais imposer, guide sans contraindre. Une qualité précieuse, presque devenue rare.

Au fil de l’écoute, une évidence s’impose : la grandeur de Harold Mabern résidait autant dans sa technique irréprochable que dans sa capacité à se mettre au service du collectif. Savoir quand jouer, quand se taire, quand accompagner ou mener — c’est là que se niche la véritable maîtrise.

Cette réédition anniversaire de Afro Blue n’est pas qu’un simple hommage. Elle agit comme une redécouverte, une invitation à replonger dans l’univers d’un artiste dont la musique respire la sincérité et la joie. Publiée à la date qui aurait marqué son 90e anniversaire, elle offre une ultime célébration de son héritage.

Un héritage lumineux, intemporel, et profondément humain.