Du métro londonien à la naissance du Blufunk : un groove sans frontières
Né en 1968 à Lagos sous le nom d’Olufemi Sanyaolu, Keziah Jones grandit dans une famille nombreuse avant d’être envoyé en Angleterre à l’âge de 8 ans pour poursuivre ses études. Mais très vite, la musique prend le dessus.
À 13 ans, il commence le piano, puis adopte la guitare comme instrument principal. Plutôt que de suivre une formation académique classique, il choisit la rue. Dans le métro et les rues de Londres, il développe une technique singulière : un jeu de guitare rythmique, presque percussif, où la mélodie se mêle à la basse et aux accords frappés.
C’est là que naît le Blufunk, contraction de blues et de funk, enrichi d’une liberté d’improvisation proche du jazz. Son style évoque autant la sensualité groovy du funk que la profondeur émotionnelle du blues.
Ses influences sont claires : Fela Kuti, pour l’ancrage africain et l’engagement rythmique et Jimi Hendrix, pour l’audace et l’exploration sonore
En 1992, il sort son premier album, Blufunk Is a Fact!, porté par le titre devenu culte Rhythm Is Love. Le succès est immédiat, notamment en France. Le morceau incarne parfaitement son ADN musical : minimaliste, sensuel, organique.
Lagos dans le sang, Londres dans le son : une identité musicale afro-moderne
Si Keziah Jones séduit l’Europe dans les années 1990, c’est parce que sa musique dépasse le simple revival funk. Elle puise dans les rythmes yoruba, traditionnels du sud-ouest nigérian, qu’il fusionne avec les codes occidentaux.
Ce métissage donne naissance à un groove contemporain mais profondément africain. Là où beaucoup reproduisent les standards américains du funk, lui injecte une mémoire culturelle et une narration diasporique.
Entre Lagos, Londres et Paris, son parcours reflète celui d’un artiste transnational. Il ne choisit pas entre ses influences : il les assemble. Cette capacité à faire dialoguer les continents fait de lui une figure à part dans l’histoire du funk moderne.
Plus qu’un musicien, Keziah Jones est un passeur. Il prouve que les genres musicaux ne sont pas figés, mais en perpétuelle évolution.
Réinventer le funk au XXIe siècle ? Oui, c’est possible.
Et cela passe par un retour aux racines, autant qu’une ouverture au monde.





































