Seize ans après New Amerykah Part Two, Erykah Badu signe son grand retour avec Before The World Blows. Un nouvel album studio qui ne cherche jamais à reproduire les recettes du passé. Avec The Alchemist à la production, l'artiste américaine livre au contraire une œuvre dense, sensuelle et profondément ancrée dans son époque.
Dès les premières notes, la rencontre entre Erykah Badu et The Alchemist paraît évidente. Le producteur hip-hop construit un décor fait de boucles chaleureuses, de batteries feutrées, de basses profondes et de textures inspirées du jazz et de la soul. Badu s'y promène avec une liberté intacte, alternant chant, spoken word et murmures. Une musique difficile à enfermer dans une catégorie, quelque part entre neo-soul, jazz, R&B, funk et hip-hop.
Le titre Before The World Blows donne pourtant une indication précieuse sur l'état d'esprit du disque. Erykah Badu observe un monde saturé d'informations, d'images et d'angoisses. L'hyperconnexion, les réseaux sociaux et le fameux doomscrolling nourrissent cette sensation de vivre en permanence au bord d'un basculement.
Mais l'album ne se transforme jamais en manifeste politique. Badu préfère l'introspection. Elle parle d'amour, de désir, de relations, de solitude et de spiritualité avec cette liberté qui constitue depuis toujours l'une de ses signatures. Chez elle, le mystique et le charnel peuvent parfaitement cohabiter.
Les invités participent à cette richesse sonore. Earl Sweatshirt, Thundercat, Steve Lacy, Westside Gunn et Kamasi Washington viennent compléter un casting prestigieux, sans jamais détourner l'attention de la chanteuse. Chacun s'intègre à un univers musical déjà parfaitement identifiable.
« Black Box », qui clôt l'album avec Kamasi Washington, en est l'un des moments les plus marquants. Le morceau interroge notre dépendance aux écrans et notre rapport à cette technologie devenue omniprésente. Une manière habile pour Badu de terminer son album en nous renvoyant à notre propre quotidien.
Avec Before The World Blows, Erykah Badu ne tente donc pas de retrouver l'artiste qu'elle était hier. Elle accepte le temps qui passe et transforme cette évolution en matière musicale.
Un retour réussi, audacieux et singulier, qui confirme surtout une chose : Erykah Badu n'a jamais eu besoin de suivre les tendances pour rester contemporaine.





































