Le terme "légende" est souvent galvaudé dans la musique, où le moindre artiste doué et marquant se voit affublé de ce qualificatif souvent trop grand pour lui. Mais s'il y a bien un personnage qui mérite ce titre, c'est Frank Sinatra. Véritable pilier incontournable de la scène musicale, il fait partie du patrimoine culturel américain et mondial. Une vraie star à la personnalité complexe, avec ses zones d'ombre. Tout ça, Marcus Miller a pu l'observer de près, lors d'une session studio historique qu'il qualifie comme la plus marquante de sa carrière, et qu'il a décidé de raconter.
C'est lors d'une interview pour le média australien Nosie11 que le musicien, en marge de sa tournée en Australie, a accepté de se confier sur ce moment suspendu, survenu au tout début de sa carrière. Marcus Miller raconte qu'il a été recruté par Quincy Jones en personne, pour travailler sur l'album "LA is my lady" de Frank Sinatra, qui sortira en 1984. Et observer le légendaire chanteur au travail a été riche en enseignements pour le bassiste :
Frank Sinatra était de la vieille école. On composait la chanson ensemble. On entrait en studio avec les musiciens. On la chantait une fois, peut-être deux, et c'était terminé.
Pas trop d'artifices, pas de douzième prise : travailler avec Frank Sinatra, c'était l'assurance de voir l'ambiance du studio restituée sur disque de manière très fidèle, a contrario de ce qui a pu se faire depuis ses années là, où les enregistrements studio sont de plus en plus retravaillés, avec de nombreuses prises, ce qui perd un eu de son authenticité. "Nous avons répété la musique, puis Frank est arrivé, l'a chantée deux fois. Il avait la voix de Frank Sinatra. Et c'était tout", confie Miller en interview.
Une autre chose qui a marqué le musicien, c'est le fait que des agents de sécurité étaient présents à l'entrée du studio, ce qui était assez inhabituel selon lui. Forcément, ça change un peu la perception que vous avez de votre séance, et pour le coup, Marcus Miller a tout de suite saisi qu'il allait faire quelque chose d'important :
C'est la seule session de ma vie où, quand je suis sorti de l'ascenseur à l'étage où se trouvait le studio, il y avait des types qui me demandaient : 'Quel est votre nom ?', et qui vérifiait tout ça sur une liste. Je me suis dit : 'C'est vraiment une session de Sinatra'. Il y a de la sécurité !
Au-delà de cet aspect "star", cette session aura surtout permis à Marcus Miller de travailler en compagnie d'autres maestro comme George Benson, lui aussi présent sur l'album, auprès de qui il a aussi beaucoup appris. Le portrait de Frank Sinatra dépeint par le bassiste est très fidèle à l'image qu'on pouvait s'en faire : sûr de sa force, doué, qui ne force pas son talent, comme on le voyait à l'extérieur.





































