Le 15 septembre 1928 naît à Tampa, en Floride, Julian Edwin Adderley, qui deviendra l’un des grands saxophonistes alto de l’histoire du jazz. Surnommé "Cannonball", il va traverser le hard bop, le jazz modal et le soul jazz avec une signature bien à lui : un jeu virtuose, chaleureux, généreux, capable de faire dialoguer sophistication et groove. De ses années aux côtés de Miles Davis à ses succès avec son propre quintet, retour sur le parcours d’un musicien disparu beaucoup trop tôt, en 1975, à seulement 46 ans.
Cannonball Adderley : le saxophoniste qui a fait swinguer le jazz de Miles Davis à "Mercy, Mercy, Mercy"

Né le 15 septembre 1928, Julian Cannonball Adderley s’est imposé comme l’un des grands saxophonistes alto de l’histoire du jazz. Aux côtés de Miles Davis comme avec son propre quintet, il a contribué à faire évoluer le jazz vers des territoires plus soul et plus groovy.
Il prend son envol à la fin des années 50
À partir de la fin des années 1950, Cannonball va justement construire son propre univers. Avec son frère Nat Adderley au cornet, il forme un quintet qui va devenir l’une des formations majeures du soul jazz. Le groupe enregistre notamment The Cannonball Adderley Quintet in San Francisco, puis Them Dirty Blues en 1960. Au programme : This Here, Work Song, Dat Dere… Des morceaux qui font entrer dans le jazz une énergie plus directe, plus funky, plus proche du blues et du gospel.
Le groupe connaît alors un véritable succès auprès du public. Work Song, composé par Nat Adderley, devient notamment l’un des morceaux emblématiques de leur répertoire. This Here, composé par Bobby Timmons, connaît lui aussi un important succès et contribue à installer le groupe parmi les formations incontournables du moment. Cannonball n’a donc plus besoin d’être présenté comme "le saxophoniste de Miles Davis".
De la Floride à New York : l’arrivée d’un nouveau saxophoniste
Avant de devenir Cannonball, Julian Adderley est d’abord un enfant de Floride plongé très tôt dans la musique. Il étudie à la Florida A&M University puis devient professeur de musique et chef d’orchestre dans des établissements scolaires de Floride. Mais en 1955, il décide de tenter sa chance à New York.
Il ne lui faudra pas longtemps pour attirer l’attention. Lorsqu’il monte sur scène au Café Bohemia pour remplacer au pied levé un saxophoniste, son jeu impressionne immédiatement. La presse le compare alors au grand Charlie Parker, disparu quelques mois auparavant.
Une comparaison flatteuse, mais dont Cannonball va rapidement chercher à se débarrasser : oui, il connaît le langage du bebop et admire Charkie Parker, mais son son est plus rond, plus chaleureux, avec une dimension blues et gospel qui deviendra l’une de ses grandes signatures. Et surtout, Cannonball ne va pas rester longtemps dans l’ombre des autres.
1957 : la rencontre décisive avec Miles Davis
En 1957, une rencontre va pourtant changer le cours de sa carrière : Miles Davis. Cannonball rejoint le groupe du trompettiste à l’automne 1957, aux côtés notamment de John Coltrane. Pendant près de deux ans, il participe à une période essentielle de la carrière de Miles Davis. La formation enregistre notamment Milestones, en 1958, puis Kind of Blue, en 1959.
Kind of Blue deviendra l’un des albums les plus importants de toute l’histoire du jazz. Cannonball y joue aux côtés de Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, Paul Chambers et Jimmy Cobb. L’album, construit autour du jazz modal, est aujourd’hui conservé au National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès américaine.
Et Cannonball y apporte quelque chose de très personnel. Là où John Coltrane développe un jeu plus vertical, dense et aventureux, Cannonball conserve une approche plus mélodique, plus chantante. Deux saxophones, deux personnalités, deux manières de raconter une histoire avec les mêmes notes.
Avec
Mais il y a une autre étape particulièrement savoureuse dans cette collaboration. En mars 1958, alors qu’il est encore membre du groupe de Miles Davis, Cannonball enregistre son album Somethin’ Else pour Blue Note. Et cette fois, les rôles s’inversent : Cannonball est le leader et Miles Davis devient le sideman.
Autour d’eux, Hank Jones au piano, Sam Jones à la contrebasse et Art Blakey à la batterie. L’album s’ouvre sur une version devenue mythique d'Autumn Leaves — Les Feuilles mortes — avec un dialogue magnifique entre l’alto de Cannonball et la trompette de Miles.
Somethin’ Else devient rapidement un classique du catalogue Blue Note. Il atteint même la sixième place du classement jazz de Billboard. Et il raconte quelque chose d’essentiel sur Cannonball : il n’est pas simplement le saxophoniste qui joue avec Miles Davis. Il est déjà capable de tenir le premier rôle.
En 1966, son tube
Puis arrive le morceau qui va faire connaître Cannonball Adderley bien au-delà du seul public jazz : Mercy, Mercy, Mercy. La composition est signée par son pianiste Joe Zawinul, qui vient alors de rejoindre le groupe. Enregistré en 1966 avec le frère de Cannonball, Nat, au cornet, le morceau repose sur un groove simple et irrésistible, porté notamment par le piano électrique de Zawinul. Le titre devient un énorme succès : numéro 2 du classement R&B et numéro 11 du Billboard Hot 100.
Le jazz de Cannonball vient alors toucher un public beaucoup plus large. Et ce succès n’est pas un accident. Avec Joe Zawinul, le saxophoniste va accentuer cette ouverture vers le soul jazz, puis vers des sonorités plus électriques et funk. Zawinul écrira d’ailleurs plusieurs morceaux essentiels pour le groupe, parmi lesquels Mercy, Mercy, Mercy, Walk Tall et Country Preacher.
Une carrière interrompue à seulement 46 ans
La trajectoire de Cannonball Adderley est pourtant brutalement interrompue. Le saxophoniste meurt le 8 août 1975, à Gary, dans l’Indiana, à seulement 46 ans. En vingt ans de carrière, il aura laissé une discographie impressionnante et surtout une identité immédiatement reconnaissable. Celle d’un alto capable de rugir, de chanter, de swinguer, mais toujours avec cette chaleur qui le distinguait.
De Kind of Blue à Somethin’ Else, de Work Song à Mercy, Mercy, Mercy, Cannonball Adderley aura surtout démontré qu’il était possible d’être à la fois un immense musicien de jazz et un formidable passeur auprès du grand public. Il était un saxophoniste qui n’a jamais choisi entre virtuosité et émotion.




































