B.B. King : l’histoire du "King of the Blues", de Memphis à "The Thrill Is Gone"

B.B. King : l’histoire du "King of the Blues", de Memphis à "The Thrill Is Gone"

Né le 16 septembre 1925, B.B. King est devenu le "King of the Blues" grâce à une voix unique et à son inséparable guitare, Lucille. De Memphis aux plus grandes scènes du monde, retour sur la carrière d’un artiste qui a fait du blues une musique universelle.

Le 16 septembre 1925, Riley Ben King voit le jour dans le Mississippi. Quelques décennies plus tard, le monde entier le connaîtra sous le nom de B.B. King, l’un des guitaristes et chanteurs les plus influents de l’histoire du blues. De ses débuts dans les rues de Memphis à ses concerts aux quatre coins du monde, en passant par sa fidèle Lucille et le succès de The Thrill Is Gone, retour sur le parcours d’un musicien qui a contribué à faire entrer le blues dans une nouvelle ère.

Une carrière de près de sept décennies

À partir des années 1970, B.B. King devient une véritable institution et son influence dépasse rapidement le seul blues. Eric Clapton, Stevie Ray Vaughan, Johnny Winter, Mike Bloomfield et bien d’autres guitaristes vont puiser dans son vocabulaire musical. Son approche va contribuer à définir une nouvelle manière de jouer le blues électrique : moins démonstrative, mais incroyablement expressive.

Au fil des décennies, il multiplie les albums, les collaborations et les rencontres avec des artistes venus du blues, du rock, de la soul ou de la country. Sa discographie compte plus de cinquante albums et son palmarès comprend 15 Grammy Awards, auxquels s’ajoute un Lifetime Achievement Award reçu en 1987.

La même année, il entre au Rock & Roll Hall of Fame, une reconnaissance qui vient consacrer l’importance de son influence bien au-delà du blues. Mais malgré les récompenses et les grandes scènes internationales, B.B. King reste profondément attaché à ce qui l’a construit : le Mississippi, Memphis, le gospel et cette musique née de l’expérience et de l’émotion.

Du Mississippi à Memphis, la naissance d’une vocation

B.B. King grandit dans le Mississippi, dans un environnement où la musique occupe déjà une place importante. Il chante notamment dans une chorale gospel et découvre la guitare électrique grâce à un prédicateur de son entourage. Très jeune, il commence à jouer dans la rue pour quelques pièces.

En 1947, à 22 ans, il décide de tenter sa chance à Memphis. Il n’a alors que sa guitare et quelques dollars en poche. La ville est à cette époque un véritable carrefour du blues, et B.B. King y retrouve notamment son cousin Bukka White, qui l’aide à s’orienter dans cet univers musical.

Un an plus tard, il apparaît dans l’émission radio de Sonny Boy Williamson. Cette prestation lui ouvre les portes de la station WDIA, l’une des radios noires les plus importantes de Memphis. Il y décroche bientôt sa propre émission, d’abord baptisée King’s Spot. C’est justement à la radio que son surnom va évoluer. "Beale Street Blues Boy" devient "Blues Boy", puis finalement B.B.

Lucille, la guitare qui devient une légende

Impossible de raconter B.B. King sans parler de Lucille. Dans les années 40, alors qu'il joue dans un club de l'Arkansas, une bagarre éclate et un poêle à bois est renversé. B.B. King retourne dans le bâtiment en flammes pour récupérer sa guitare.  Il apprend ensuite que les deux hommes de la bagarre se battaient pour une femme prénommée Lucille. Il décide alors de donner ce nom à sa guitare pour ne jamais oublier de ne plus risquer sa vie de cette façon. Lucille va ensuite devenir la voix de B.B. King.

Mais Lucille n’est pas qu’un accessoire de scène. Le jeu de B.B. King repose notamment sur une économie remarquable : quelques notes peuvent suffire là où d’autres guitaristes en jouent des dizaines. Ses bends, son vibrato et son sens du silence deviennent immédiatement reconnaissables. Le National Endowment for the Arts souligne justement cette manière très personnelle de travailler les notes glissées, les bends et le vibrato.

"Three O’Clock Blues" : le premier grand succès

En 1949, B.B. King réalise ses premiers enregistrements professionnels. Mais c’est en 1951 que sa carrière prend véritablement son envol avec Three O’Clock Blues. Sa version atteint la première place du classement R&B américain et y reste pendant quinze semaines. Le jeune guitariste commence alors à se faire connaître bien au-delà de Memphis.

Pendant les années 1950, B.B. King enchaîne les tournées et les enregistrements. Il se forge surtout une réputation de musicien infatigable, parcourant le circuit des clubs afro-américains du Sud des États-Unis avant de s’installer progressivement dans les grandes salles. Cette expérience de la scène va devenir l’un de ses plus grands atouts.

1965 : l'album "Live at the Regal" marque un tournant

Cet album Live at The Regal capture toute l’énergie de ses concerts : les échanges avec le public, les plaisanteries, les cris, les solos de Lucille et cette façon unique qu’a King de faire monter la tension avant de laisser tomber une seule note au moment parfait. Le disque devient rapidement une référence et sera plus tard inscrit au Grammy Hall of Fame, en 2006. C’est aussi une période charnière : le blues commence à intéresser de plus en plus fortement les jeunes musiciens de rock britanniques et américains. B.B. King devient alors une figure incontournable pour toute une génération de guitaristes.

Avec "The Thrill Is Gone", il forge un peu plus sa légende

En 1969, B.B. King enregistre The Thrill Is Gone, une chanson composée quelques années auparavant par Roy Hawkins et Rick Darnell. Sa version, plus sombre et plus sophistiquée, s’éloigne du blues traditionnel pour aller chercher du côté de la soul et de la pop. Et le pari fonctionne. Le morceau devient son plus grand succès dans les classements américains, atteignant la 15e place du Billboard Hot 100. Surtout, il permet à B.B. King de toucher un public considérablement plus large.

En 1971, le titre lui rapporte son premier Grammy, dans la catégorie Best R&B Vocal Performance, Male. La chanson entrera ensuite au GRAMMY Hall of Fame. B.B. King vient alors de franchir une nouvelle frontière : le blues peut désormais s’imposer dans le paysage musical grand public sans perdre son identité.