Avec "Make Yourself Comfortable", Sarah Vaughan dévoile le 24 septembre 1954 une facette plus pop de son talent. Un succès qui va contribuer à faire connaître la grande diva du jazz auprès d’un public plus large.
Le 24 septembre 1954, Sarah Vaughan entre dans un studio new-yorkais pour enregistrer Make Yourself Comfortable. À première vue, la chanson de Bob Merrill n’a pas grand-chose à voir avec les morceaux de jazz qui ont construit la réputation de la chanteuse. Pourtant, cette mélodie légère et pleine d’assurance va devenir l’un des premiers grands succès commerciaux de sa carrière.
À cette époque, Sarah Vaughan est déjà une figure majeure du jazz vocal. Surnommée "Sassy", puis "The Divine One", elle s’est imposée aux côtés de musiciens comme Earl Hines et Billy Eckstine avant de se lancer dans une carrière solo. Son incroyable maîtrise de la voix, son sens de l’improvisation et son timbre reconnaissable entre tous en ont fait l’une des grandes voix du bebop. Mais en 1954, une nouvelle étape de sa carrière commence.
Mercury veut montrer une autre Sarah Vaughan
Quelques mois plus tôt, Sarah Vaughan a rejoint Mercury. Le label lui propose alors une stratégie assez particulière : enregistrer des morceaux plus accessibles et orientés vers le grand public pour Mercury, tandis que sa musique plus jazz est publiée sur sa filiale EmArcy.
L'objectif est clair : ne pas enfermer Sarah Vaughan dans le seul cercle des amateurs de jazz.Et Make Yourself Comfortable va parfaitement remplir cette mission. Le morceau est enregistré avec un orchestre de studio dirigé par Hugo Peretti, le 24 septembre 1954, aux studios Fine Sound de New York. La séance comprend égalementIdle Gossip, qui figurera sur la face B du single. Quelques semaines plus tard, Mercury sort le titre en 45 tours.
Un titre qui montre une autre facette de Sarah Vaughan
Ce qui frappe dans Make Yourself Comfortable, c’est justement le décalage entre la chanson et l'image que l'on peut avoir de Sarah Vaughan. Ici, pas de longue improvisation bebop ni de démonstration vocale destinée aux seuls musiciens. La chanson avance sur une mélodie simple, avec un texte malicieux et une interprétation beaucoup plus légère.
Mais Sarah Vaughan ne gomme pas pour autant ce qui fait sa singularité.Elle joue avec les mots, les inflexions et les nuances. Sa voix peut se faire douce, espiègle, presque conversationnelle, avant de retrouver cette ampleur qui a fait sa réputation. Elle ne transforme donc pas complètement son style : elle montre simplement qu’elle peut en faire autre chose. À sa sortie, Billboard salue d'ailleurs ce qu'il décrit comme une "nouvelle Sarah" et juge son interprétation particulièrement convaincante. Le magazine voit dans le disque un potentiel succès commercial. Et le public va lui donner raison.
C'est son premier grand succès commercial
Make Yourself Comfortable grimpe progressivement dans les classements américains. Le titre atteint notamment la 6e place du classement Billboard Most Played by Jockeys en janvier 1955. Il devient ainsi le premier véritable succès commercial de la période Mercury de Sarah Vaughan et ouvre la voie à plusieurs autres titres destinés à toucher un public plus large. La suite ne tardera pas.
Au cours de ses années chez Mercury, Vaughan enchaîne les titres plus populaires, parmi lesquels How Important Can It Be, Whatever Lola Wants, The Banana Boat Song, You Ought to Have a Wife ou encore Misty. Sa carrière commerciale atteindra son sommet quelques années plus tard avec Broken-Hearted Melody, son premier disque d'or. Mais Make Yourself Comfortable reste une étape particulière : celle où Sarah Vaughan comprend qu'elle peut élargir son public sans renoncer à sa personnalité. C'est une facette qui aurait pu sembler éloignée de la grande diva du jazz, mais qui était déjà bien présente chez une artiste capable de passer d'un univers à l'autre avec une facilité déconcertante.