Né à Philadelphie en 1940, Solomon Burke monte en chaire avant même de chanter : prédicateur à 12 ans, il fonde plus tard sa propre église, qu'il ne quittera jamais vraiment. Cet héritage gospel se retrouve dans tout ce qu'il enregistre. Chez lui, une chanson d'amour a la gravité d'un sermon, et un sermon la tendresse d'une confidence.
Chez Atlantic, au début des années 60, il fait partie de ceux qui inventent le genre. « Just Out of Reach », « Cry to Me », « If You Need Me » ou « Everybody Needs Somebody to Love » posent les bases de ce que l'on appellera la soul, bien avant que le mot ne s'impose. Les Rolling Stones reprendront ce dernier titre dès 1964, les Blues Brothers en feront un morceau de bravoure en 1980, et « Cry to Me » trouvera une seconde vie dans la bande originale de « Dirty Dancing ». Autant de reprises qui disent la même chose : Burke écrivait des chansons que les autres avaient envie de s'approprier.
Sur scène, il jouait pleinement son rôle de souverain, cape, couronne et trône compris, sans jamais que cela sonne comme une pose. La générosité l'emportait sur le personnage, et le public le sentait.
Sa carrière connaît ensuite des hauts et des bas, comme celle de beaucoup de ses contemporains. Le réveil vient en 2002 avec « Don't Give Up on Me », produit par Joe Henry, où des auteurs comme Tom Waits, Bob Dylan, Elvis Costello ou Van Morrison écrivent pour lui. L'album lui vaut un Grammy et replace sa voix, plus profonde que jamais, au centre de la conversation. Entré au Rock and Roll Hall of Fame en 2001, Solomon Burke prouvait alors qu'il n'avait rien perdu de sa force.
Père d'une famille immense, entouré jusqu'au bout, il laisse derrière lui une discographie qui se redécouvre avec le même frisson. Ce samedi, c'est le bon moment de ressortir « Cry to Me » et de laisser cette voix faire le reste.





































