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Keziah Jones : comment il a inventé le BluFunk, ce son hybride né dans la rue

Keziah Jones : comment il a inventé le BluFunk, ce son hybride né dans la rue

À la croisée du blues, du funk et des racines africaines, Keziah Jones a créé bien plus qu’un style musical : une signature. Le BluFunk. Né dans les rues de Paris et de Londres, ce son unique repose sur une urgence, une contrainte et une liberté totale. Retour sur la naissance d’un genre à part, devenu culte.

Une invention née dans la rue, entre contrainte et instinct

À la fin des années 80, Keziah Jones quitte le Nigeria pour rejoindre l’Europe. Londres d’abord, puis Paris. Mais loin des studios et des maisons de disques, c’est dans la rue qu’il forge son identité.

Le métro parisien devient son terrain d’expérimentation. Là, pas de seconde chance : il faut capter l’attention immédiatement, accrocher des passants pressés, souvent distraits. Cette contrainte va transformer sa manière de jouer.

Sa guitare devient alors un instrument total. Percussive, rythmique, presque physique, elle remplace à la fois la batterie, la basse et la mélodie. Le jeu est sec, tendu, habité. Chaque note doit compter.

C’est dans cette urgence que naît le BluFunk.

Le BluFunk : fusion du blues, du funk et d’une identité globale

Le BluFunk puise ses racines dans plusieurs héritages forts. D’un côté, le blues des pionniers comme Muddy Waters ou Robert Johnson, avec sa profondeur et son rapport à l’émotion brute. De l’autre, le groove et l’énergie du funk incarnés par James Brown et Prince.

Mais Keziah Jones ne se contente pas de mélanger ces influences. Il y ajoute ses racines africaines et une dimension urbaine très contemporaine. Le résultat : une musique minimaliste mais dense, où le silence a autant d’importance que le rythme.

Dès son premier album, Blufunk Is a Fact!, le ton est donné. Suivront African Space Craft et Black Orpheus, qui confirment cette signature sonore singulière.

Mais le BluFunk dépasse la musique. C’est aussi une posture. Une manière de jouer debout, en mouvement, presque en lutte avec son instrument. Une façon d’habiter les contradictions : tradition et modernité, Afrique et Europe, intimité et énergie collective.

En refusant de choisir entre le blues et le funk, Keziah Jones a inventé un langage. Un espace de liberté né dans la rue, devenu une influence durable.