Dinah Washington : la « Queen of the Blues » était bien trop grande pour un seul royaume

Dinah Washington : la « Queen of the Blues » était bien trop grande pour un seul royaume

Elle pouvait chanter le blues, le jazz, la pop ou une grande ballade orchestrée. Mais surtout, Dinah Washington avait ce don rare : prendre une chanson et donner l’impression qu’elle avait été écrite pour elle.

Une voix claire, tranchante, parfois presque insolente. Une voix capable de sourire et de vous briser le cœur dans la même phrase. Née Ruth Lee Jones le 29 août 1924, Dinah Washington aurait eu 102 ans aujourd’hui. Plus de soixante ans après sa disparition, celle que l’on surnommait la « Queen of the Blues » reste pourtant impossible à résumer en quelques mots. Car Dinah Washington pouvait tout chanter. Et surtout, elle savait faire de chaque chanson une confession personnelle.

De l’église de Chicago aux plus grandes scènes américaines

Née en Alabama, Ruth Lee Jones grandit à Chicago, où la musique occupe très tôt une place essentielle dans sa vie. Elle apprend le piano, chante à l’église et évolue dans l’univers du gospel avant de faire ses premiers pas dans les clubs de la ville.

Au début des années 1940, son talent finit par attirer l’attention de Lionel Hampton. Le célèbre vibraphoniste et chef d’orchestre l’engage dans sa formation, une étape décisive dans la carrière de la jeune chanteuse. C’est à cette période que Ruth Lee Jones devient Dinah Washington.

Très vite, elle impose une personnalité vocale hors norme.

Dinah Washington ne chante pas seulement juste. Elle raconte. Chaque mot semble pesé, chaque silence compte. Sa diction, son sens du rythme et cette manière très particulière de placer les phrases lui permettent de transformer les standards qu’elle interprète.

Et surtout, elle refuse de se laisser enfermer.

Le blues devient l’un de ses territoires de prédilection, mais il est loin d’être le seul. Dinah Washington chante aussi le jazz, le rhythm and blues et les grandes chansons populaires américaines. Elle peut passer d’un morceau accompagné par un petit groupe de jazz à une ballade portée par un orchestre à cordes sans jamais perdre ce qui fait son identité.

On la surnommera la « Queen of the Blues ». Un titre prestigieux, évidemment. Mais aussi, d’une certaine manière, un peu réducteur.

« What a Diff'rence a Day Makes » : le jour où Dinah Washington conquiert le grand public

Pour comprendre ce qui rend Dinah Washington si singulière, il suffit d’écouter « What a Diff'rence a Day Makes ».

En 1959, la chanteuse transforme cette chanson en un immense succès et franchit une nouvelle étape dans sa carrière en touchant un public bien plus large. Son interprétation lui vaut le Grammy Award du meilleur enregistrement rhythm and blues en 1960 et devient l’un des titres les plus emblématiques de son répertoire.

Mais réduire Dinah Washington à ce seul succès serait passer à côté d’une partie essentielle de son parcours.

La chanteuse a travaillé avec certains des musiciens les plus importants de son époque. Son album Dinah Jams, enregistré en 1954, la réunit notamment avec le Clifford Brown-Max Roach Quintet, tandis qu’elle enregistre également avec Cannonball Adderley au fil de sa carrière.

Son influence dépassera largement les frontières du jazz et du blues.

Aretha Franklin, qui admirait Dinah Washington depuis sa jeunesse, lui rendra hommage quelques mois seulement après sa disparition avec l’album Unforgettable: A Tribute to Dinah Washington, publié en 1964. La jeune Aretha y revisite plusieurs chansons associées à celle qui avait profondément marqué son univers musical.

Derrière la chanteuse se cachait également une personnalité flamboyante. Dinah Washington était réputée pour son caractère affirmé, son exigence et son goût pour l’élégance. Bijoux, vêtements, voitures : elle aimait le luxe et ne semblait guère disposée à se conformer à l’image que son époque pouvait attendre d’une femme.

Sa vie privée fut elle aussi mouvementée. Mariée à plusieurs reprises, elle épousa notamment le saxophoniste Eddie Chamblee, qui fut également son accompagnateur et membre de son univers musical. Son dernier mari fut le joueur de football américain Dick « Night Train » Lane, qu’elle épousa en 1963.

Mais cette trajectoire fulgurante s’arrête brutalement.

Le 14 décembre 1963, Dinah Washington meurt à Detroit. Elle n’a que 39 ans.

Sa carrière aura été courte. Son héritage, lui, est immense.

Parce que Dinah Washington possédait ce privilège réservé aux plus grands interprètes : elle ne se contentait jamais de chanter une chanson.

Elle semblait la vivre.

Et, le temps de quelques minutes, elle vous faisait croire qu’elle venait tout juste de l’inventer.

Dinah Washington était la reine du blues. Mais la vérité, c’est qu’elle était bien trop grande pour un seul royaume.

À bientôt pour d’autres Histoires du Jazz !