Miles Davis : le 28 septembre 1991, le jazz perd l’un de ses plus grands explorateurs

Miles Davis : le 28 septembre 1991, le jazz perd l’un de ses plus grands explorateurs

Le 28 septembre 1991, Miles Davis s’éteint à 65 ans. Jusqu’au bout, le trompettiste aura repoussé les frontières du jazz et regardé vers l’avenir.

Le 28 septembre 1991, Miles Davis s’éteint à l’âge de 65 ans. Mais jusqu’à ses derniers mois, le trompettiste continue de chercher, d’expérimenter et de repousser les frontières du jazz. Retour sur les dernières années d’un artiste qui n’aura jamais accepté de jouer deux fois la même musique.

Lorsqu’il disparaît le 28 septembre 1991, Miles Davis a déjà derrière lui près de cinq décennies de musique. Kind of Blue, Sketches of Spain, Bitches Brew ou encore In a Silent Way ont profondément marqué l’histoire du jazz, mais Miles Davis n’a jamais considéré son passé comme une raison de s’arrêter.

Après plusieurs années d’absence au milieu des années 1970, il revient sur scène en 1981. Et fidèle à son tempérament, il ne cherche pas à reproduire les succès d’hier. Il s’entoure de jeunes musiciens et explore de nouveaux sons, notamment les synthétiseurs, les boîtes à rythmes et les influences funk et pop. Le Rock & Roll Hall of Fame souligne d’ailleurs l’importance de cette période dans son ouverture vers le rock, le funk et, plus tard, le hip-hop.

Miles Davis regarde encore vers l’avenir

Dans les années 1980, le trompettiste travaille notamment avec des musiciens comme John Scofield, Kenny Garrett ou encore Marcus Miller. Il s’inspire aussi de Prince, Michael Jackson et Cyndi Lauper, autant de signes d’une volonté constante de rester connecté à la musique de son époque. Cette curiosité lui vaut parfois des critiques. Certains amateurs de jazz regrettent le Miles Davis acoustique des années 1950 et 1960. Lui regarde ailleurs.

En 1990, il reçoit pourtant une nouvelle consécration avec un Grammy Lifetime Achievement Award. La même année, il continue de multiplier les concerts et participe notamment au film Dingo, dans lequel il incarne un trompettiste de jazz.

La France occupe une place particulière dans ses derniers mois

En juillet 1991, Miles Davis effectue sa dernière tournée européenne. Il revient notamment à Paris, où un concert réunit plusieurs de ses anciens et nouveaux collaborateurs, avant de recevoir la Légion d’honneur des mains du ministre de la Culture Jack Lang. Quelques jours auparavant, il s’était produit au Festival Jazz à Vienne, en Isère. Le 25 août 1991, il donne au Hollywood Bowl ce qui sera son dernier concert. Il continue alors de jouer avec son quintette, toujours tourné vers l’exploration.

Même à la fin, Miles Davis invente encore

Et son ultime projet est peut-être l’un des plus révélateurs de son état d’esprit. En 1991, Miles Davis travaille avec le producteur et beatmaker hip-hop Easy Mo Bee. Les séances donnent naissance à plusieurs morceaux mêlant sa trompette aux samples et aux rythmes programmés du hip-hop. Le projet restera inachevé au moment de sa mort, avant d’être complété et publié en 1992 sous le titre Doo-Bop.

Miles Davis meurt le 28 septembre 1991, après plusieurs semaines d’hospitalisation et un coma. Il laisse derrière lui une œuvre immense, mais surtout une manière de penser la musique : ne jamais considérer une formule comme définitive.

Un musicien qui refusait de regarder en arrière

Ce qui rend Miles Davis si singulier, ce n’est donc pas seulement le nombre de chefs-d’œuvre qu’il a enregistrés. C’est cette capacité à changer de direction alors même qu’il aurait pu se contenter de célébrer ses succès passés. Du bebop au cool jazz, du jazz modal au jazz électrique, du funk au hip-hop, Miles aura passé sa carrière à déplacer les lignes.

Et ses dernières années racontent finalement la même histoire que les précédentes : celle d’un musicien qui préférait prendre le risque de surprendre plutôt que celui de se répéter. Trente-cinq ans après sa disparition, cette envie d’aller toujours plus loin reste peut-être son héritage le plus précieux.