Bobby Darin : quand "Mack the Knife" devient un tube planétaire

Bobby Darin : quand "Mack the Knife" devient un tube planétaire

Le 5 octobre 1959, Bobby Darin propulse "Mack the Knife" au sommet des charts américains. Une reprise devenue mythique, après les versions de Louis Armstrong et Ella Fitzgerald.

Le 5 octobre 1959, Bobby Darin prend la tête du Billboard Hot 100 avec Mack the Knife. Derrière ce tube au swing irrésistible se cache pourtant une histoire bien plus ancienne : composée par Kurt Weill sur des paroles de Bertolt Brecht pour L’Opéra de quat’sous, la chanson est devenue au fil des décennies un véritable standard, repris notamment par Louis Armstrong et Ella Fitzgerald.

Mais pour comprendre le succès de Mack the Knife, il faut remonter bien plus loin. La chanson est née en 1928, sous le titre allemand Die Moritat von Mackie Messer, dans Die Dreigroschenoper, ou L’Opéra de quat’sous, imaginé par le dramaturge Bertolt Brecht et le compositeur Kurt Weill. Le morceau raconte l’histoire de Macheath, un criminel londonien surnommé Mackie Messer — "Mack the Knife" en anglais.

Avec son ambiance sombre et son personnage de gangster, la chanson tranche avec le caractère léger et dansant que lui donneront certaines de ses futures reprises. Kurt Weill y mélange notamment des influences de jazz et de musique populaire, contribuant à faire de ce morceau l’un des grands titres de l’œuvre.

Louis Armstrong ouvre la voie

Avant Bobby Darin, c’est notamment Louis Armstrong qui contribue à faire connaître Mack the Knife au public américain. En 1955, le trompettiste et chanteur enregistre sa propre version, inspirée de l’adaptation anglaise de Marc Blitzstein. Le single sort à la fin de l’année sous le titre A Theme from The Threepenny Opera (Mack the Knife). Avec sa voix reconnaissable entre mille et son énergie communicative, Louis Armstrong donne au morceau une nouvelle dimension. Sa version atteint même le Top 20 américain en 1956. Quelques années plus tard, Bobby Darin va toutefois lui faire changer complètement d’échelle.

 

Ella Fitzgerald s’en empare à son tour

Autre immense voix à avoir marqué l’histoire du titre : Ella Fitzgerald. En 1960, lors d’un concert à Berlin, elle livre une interprétation devenue légendaire. Et lorsqu’elle oublie les paroles en plein morceau, elle improvise un passage scat qui devient justement l’un des moments les plus célèbres de sa version. Cette performance lui vaudra un Grammy Award en 1961. Mack the Knife est alors définitivement devenu un standard que chaque grand interprète peut réinventer à sa manière.

Bobby Darin, le coup de génie

En 1959, Bobby Darin s’attaque donc à un morceau que le public connaît déjà. Mais son interprétation n’a plus grand-chose à voir avec celle de Louis Armstrong. Il accélère le tempo, lui donne une couleur swing très marquée et adopte une attitude de crooner aussi élégante que malicieuse. Le pari fonctionne immédiatement : Mack the Knife  atteint la première place du Billboard Hot 100 le 5 octobre 1959 et y reste neuf semaines. Le morceau devient l’un des plus grands succès de la carrière de Darin et lui rapporte notamment deux Grammy Awards, dont celui de l’enregistrement de l’année.

Depuis, Mack the Knife n’a cessé de voyager entre les générations et les styles. Frank Sinatra, Peggy Lee, Sonny Rollins, Michael Bublé ou encore Robbie Williams ont à leur tour enregistré le morceau. En 2015, les versions de Louis Armstrong et Bobby Darin ont même été inscrites au National Recording Registry de la Library of Congress.

Près d’un siècle après sa création, l’histoire de Mack the Knife est donc celle d’une chanson qui n’a jamais cessé de changer de visage. De la scène berlinoise de 1928 aux charts américains de 1959, en passant par Armstrong et Fitzgerald, elle est devenue bien plus qu’un morceau de L’Opéra de quat’sous : un véritable standard, capable de traverser les époques sans perdre son mordant.